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Vignoble de Barolo

Nota : le présent texte concerne exclusivement le vignoble de Barolo et s’inscrit dans un article général consacré aux grands vins des Langhe. A lire également, la partie concernant le vignoble de Barbaresco.
 
Sommaire :
 
 
Les vins de Barolo sont strictement issus du cépage nebbiolo sur les communes de Barolo, Castiglione Faletto, Serralunga d’Alba, Monforte d’Alba, Novello, La Morra, Verduno, Grinzane Cavour, Diano d’Alba, Cherasco et Roddi. Le vignoble actuel couvre environ 1250 hectares pour 7.6 millions de bouteilles par an. Le rendement maximal toléré par hectare est de 8 tonnes de raisin, soit environ 56 hectolitres de vin. L’élevage doit légalement durer au minimum 36 mois dont 24 sous bois (et donc le solde en bouteille) et 60 mois pour les versions Riserva (dont 36 sous bois). La mise en vente du vin en bouteilles ne peut se faire qu’à partir du 1er janvier qui suit la quatrième année faisant suite à celle de la vendange, et le 1er janvier qui suit la cinquième année post-récolte pour la version Riserva. Le vin doit titrer au minimum 13° d’alcool. Bien que le vin de Barolo soit toujours relativement riche, avec des tannins marqués et de l'acidité, des différences considérables entre les différents vins de la zone existent et ont tendance à refléter les deux principaux types de sol que l’on trouve de chaque côté de la route Alba-Barolo longeant le fond de la vallée, en séparant Verduno, La Morra, Barolo et Novello à l'ouest de Castiglione Falletto, Monforte d'Alba, et Serralunga d'Alba à l'est. Le premier type de sol, des marnes calcaires de l'époque tortonienne (miocène, de -11.6 à -7.3 millions d’années) qui sont relativement compactes, plus fraîches et plus fertiles, caractérisent les vignobles des quatre premiers villages précités et donnent des vins relativement fins, fruités, aromatiques, se faisant plus rapidement que ceux de la partie voisine et opposée. Le deuxième type de sol, de l’époque Langhienne (miocène, de -15.9 à -13.6 millions d’années), avec une proportion plus élevée de grès et d’argile, est moins compact, plus pauvre et moins fertile : il en résulte que les finages de Monforte d'Alba et Serralunga d'Alba donnent des vins structurés, puissants, intenses qui vieillissent lentement. Le vignoble de Castiglione Falletto, situé sur un éperon qui sépare ces deux vallées, produit des vins que l’on peut dire androgynes, faisant pour les meilleurs d’entre eux la synthèse entre ces deux grandes entités.
 
Remarque quant aux styles des vins et vignerons mentionnés ci-après :
Contrairement à d'autres usages fréquents, les différenciations stylistiques que nous souhaitons mettre en avant ici concernent autant les choix réalisés par le vigneron lors de la vinification que lors de l'élevage. Voici donc notre classification simplifiée et non exhaustive, destinée à donner des points de référence basiques à l'amateur de grands vins de Barolo et Barbaresco en terme de façon de faire le vin et donc de goût :
– Style « Classique » (SC) : les vins sont issus de macérations longues où la température n’est pas contrôlée, ou alors vers le bas mais sans excès. Les élevages se font intégralement en grands foudres et ils durent deux à six années. Il en résulte des crus aux couleurs peu intenses, aux tanins abondants mais fins, de profil plutôt peu exubérant dans la jeunesse mais vieillissant plus longtemps en moyenne que les autres.
– Style « Intermédiaire » (SI) : sous cette épithète, nous rangerons les vignerons ayant recours à des cuvaisons moins longues que celles du style classique, mais qui ne sont pas inférieures à une semaine. L’usage de la température, notamment pour chauffer les moûts, est nul ou mesuré. Les élevages sont réalisés en foudres et/ou fûts de diverses tailles (du format barrique au format demi-muids - 500/600 litres), plus ou moins neufs. Il en résulte un type de vin moins retenu dans la jeunesse que le style classique pur, un peu plus facile et « accessible » pour le grand public.
– Style « Moderne » (SM) : les vins sont généralement issus de macérations courtes, les vinifications se font souvent en cuves auto-rotatives inox, les moûts sont parfois chauffés afin de favoriser l’extraction de couleur et généreusement pigés et remontés. Les élevages privilégient les petits contenants (barriques, demi-muids) et le bois neuf, présent au moins à 20% en général. Les vins sont vite ouverts, relativement boisés, plutôt opulents et « internationaux » de style, en tout cas dans la jeunesse ; ils peuvent bien se garder chez les vinificateurs les plus adroits et surtout sérieux à la vigne !

1. Commune de Roddi
 
Bourg médiéval connu pour son château et sa place principale, Roddi est un village magnifique perché au sommet d’une colline (ce n’est pas le seul de la région !), mais hélas pour lui, quasiment méconnu du point de vue de sa production de Barolo, tout comme son seul cru, le Bricco Ambroggio. Ceci s’explique sans doute par le fait qu’hormis Paolo Scavino, ce terroir est revendiqué principalement par des vignerons peu connus du public et des amateurs de vins piémontais. On notera néanmoins qu’une productrice de Serralunga, sise à l’autre bout du vignoble, semble produire dans les derniers millésimes de belles choses sur l’unique cru du village, dans un style fin qui rappelle les meilleurs crus de Verduno.
 
Le cru :
  • Bricco Ambrogio

2. Commune de Verduno
 
Le nom Verduno est d’origine celtique et désigne une ville fertile à flanc de coteau. La proximité avec les cités de Pollenzo et d’Alba, ainsi que des découvertes archéologiques, ont permis de conclure que cette contrée était habitée déjà durant l'époque romaine. Au centre de Verduno se trouve le Château, le célèbre Castello di Verduno. Au cours des siècles, il a représenté un point de référence prépondérant pour les habitants. La version actuelle a été construite par Caissotti, d’après les plans de Juvarra, à la fin de la première moitié du XVIIIème siècle. Au cours du XIXème siècle, il est devenu la propriété du roi Carlo Alberto de Savoie, qui, en plus de l’utiliser pour ses vacances, y a créé une cave pour la production du vin de Barolo, dirigée par le célèbre oenologue Staglieno (cf. description du domaine Castello di Verduno ci-dessous). Perdu aux confins du Barolo, à l’extrême nord-ouest du vignoble, le village de 568 âmes est avec Serralunga d’Alba - situé à l’opposé du vignoble - celui qui a sans doute le plus conservé son âme d’antan, tant du point de vue de l’architecture générale que du style de ses meilleurs vins et producteurs. En effet, ici, il semble que la mondialisation peine à passer, et il suffit de prendre la petite route qui longe Roddi en contrebas pour serpenter entre les noisetiers et monter au village afin de s’en rendre compte. Le paysage ressemble à ces vieilles photos des Langhe que l’on peut apercevoir chez les vieux vignerons de la région. Ici donc, tout est « dans son jus », et l’on a l’impression en goûtant les meilleurs vins du village qu’ils sont à l’image de cela, c’est à dire authentiques, dotés d’un charme raffiné et fragile, d’un parfum délicieusement désuet mais vrai, sans effets de manche. Comme nous le verrons plus loin, trois producteurs locaux se partagent l’excellence, même si d’autres producteurs du village et d’ailleurs ne sont pas dénués d’intérêt.
 
Le cru le plus remarquable :
  • Hors-classe - Monvigliero (un producteur emblématique du cru : Comm. G.B. Burlotto) : terroir « parfait » et grand cru dans toute son acceptation, les 25 hectares du Monvigliero forment un amphithéâtre qui tourne autour d’une exposition sud et s’échelonne de 220 à 310 mètres d’altitude. Les sols, calcaro-limoneux, notablement légers et souples privilégieraient l’expression de nebbiolo idoines. De même, la proximité immédiate avec le fleuve Tanaro agit comme une sorte de climatiseur naturel sur ce terroir et permet une régularité du cycle végétatif et de la qualité qui contribue à la grandeur du cru. Vinifié en raisins entiers, le vin de Comm. G.B. Burlotto est le plus incroyable que nous connaissions ici, mais ceux d’Alessandria Fratelli et Castello di Verduno sont par ailleurs excellents. On s’intéressera également aux versions de Bel Colle et Paulo Scavino. C’est l’un des plus grands terroirs des Langhe, mais il est tellement sous-estimé.
Les autres crus :
  • Boscatto ; Breri ; Campasso ; Massara ; Neirane ; Pisapola ; Riva Rocca ; Rocche dell’Olmo ; Rodasca ; San Lorenzo di Verduno
 
Domaines recommandés :
  • SC : Comm. G.B. Burlotto (cliquer pour accéder au compte-rendu de visite)

  • SC : Castello di Verduno : Cf. descriptif du domaine au paragraphe Barbaresco.

  • SI : Alessandria Fratelli : avec ses deux confrères Burlotto et Castello di Verduno, la famille Alessandria forme une sorte de triangle d’or qui trône au sommet de la qualité des vins du village, même si ceux produits ici sont en général un peu plus modernes que chez les deux voisins. Appartenant à la même famille depuis 1870, le domaine possède d’ailleurs des liens familiaux plus ou moins directs avec les deux autres. Les douze hectares de vignes actuels sont situés dans quelques-uns des meilleurs crus de Verduno (Monvigliero, San Lorenzo, Neirane, Riva Rocca, Campasso, Boscatto, Rocche dell’Olmo) et Monforte (Gramolere). Ils sont plantés principalement en nebbiolo, puis dolcetto, barbera et bien sûr pelaverga. En plus de son rare Barolo Chinato, le domaine produit quatre Barolo : une cuvée classique, assemblage des crus Gramolere, Pisapola, Riva Rocca, Campasso, Rocche dell’Olmo et Boscatto, élevée en grands foudres français et de Slavonia ; un Barolo San Lorenzo élevé en demi-muids puis en foudres ; une cuvée de Gramolere souvent remarquable, notamment dans les millésimes pas trop chauds, élevée comme le San Lorenzo ; et enfin, last but not least, Monvigliero, produit de la même façon en cave et issu d’une vigne plus que trentenaire. Sur certains millésimes, il arrive que les vins de la maison soient un peu boisés en jeunesse, mais les élevages se fondent en général relativement bien au vieillissement. Pour nombre de journalistes transalpins, le Monvigliero maison est la référence sur le cru, mais nous continuons de préférer celui de Burlotto qui nous semble, par son style, être encore plus en adéquation avec l’idée que nous nous faisons de ce terroir. Pour autant, celui de la famille Alessandria ne démérite pas, bien au contraire. Parmi les autres cuvées du domaine, on ne négligera bien sûr pas le Pelaverga Speziale (une référence du cépage) ni le Langhe Nebbiolo Prinsiòt, autre vin emblématique de la famille avec une étiquette que l’on doit à un grand artiste local, Valerio Berruti. En résumé, si vous trouvez les vins des deux domaines cités précédemment quasi trop délicats, ceux-ci devraient contenter les amateurs de nebbioli corsés et de garde.


3. Commune de La Morra
 
Village le plus vaste du Barolo en terme de surface cultivée (et de loin), reconnaissable entre mille avec ses antennes de radio-télévision que l’on aperçoit de très loin, La Morra est un peu l’alliance des extrêmes, à savoir un finage immense qui regroupe en son sein éclaté pratiquement les vignerons les plus modernes, mais également pour certains parmi les plus traditionnels. On notera qu’il compte des terroirs qui commencent à peine à 230 mètres d’altitude, pour culminer à 550 mètres au plus haut, soit près du double, dans le Serradenari par exemple. Ici les sols du Tortoniano, riches en calcaire et surtout en sable, expriment à plein leur personnalité et donnent sur la majorité des crus, même les plus puissants, des vins élégants, texturés, aux tanins fins et plutôt accessibles, sans dureté ni fermeté excessive de jeunesse. En somme, on pourrait pratiquement dire que c’est la commune rêvée pour commencer à se familiariser avec les tanins du nebbiolo de Barolo, du moins en vin jeune. D’un point de vue touristique, il faut savoir que La Morra, du fait de son étalement et de sa situation principale en coteau, est éclaté en quatre sous-secteurs, en plus du cœur historique : Annunziata, Santa Maria, Rivalta, Berri. A voir absolument sur place, mais il est difficile de la rater (sic !) bien qu’elle soit à l’écart du village, la colorée Cappella della Madonna delle Grazie, connue également sous le nom de Capella delle Brunate ou Capella del Barolo. Elle a été construite par un paysan en 1914 pour accueillir les gens qui travaillaient dans les champs en cas de mauvais temps. Puis elle fut consacrée et jamais abandonnée, mais commença progressivement à tomber en ruine. En 1972, la famille Ceretto achète le vignoble en face de la chapelle. En 1999, elle demande à deux artistes contemporains - David Tremlett pour l'intérieur et Sol LeWitt pour l'extérieur -, deux figures de l'art conceptuel, de redécorer l’endroit afin de lui donner une nouvelle vie, symbolisant l’alliance de modernité et tradition chère aux Langhe. Bien d’autres édifices religieux sont présents dans le village, parmi lesquels l’église Convento dell'Annunziata, l’église parrocchiale di San Martino, etc. On signalera enfin que le village est celui des Langhe qui, en dehors d’Alba, compte le plus de restaurants de qualité. On y croise bien évidemment et facilement les vignerons du cru. Bref, une commune incontournable et inratable, avec en guise de cerise sur le gâteau une vue imprenable sur tout le Barolo !
 
Les crus les plus remarquables :
  • Hors-classe - Brunate (aussi sur Barolo - un producteur emblématique du cru : Oddero) : exposé sud, sud-est, doté d’une altitude variant de 230 à 405 mètres et s’étalant sur les deux communes précitées (28.34 hectares), Brunate est un des plus grands terroirs du Barolo. Réputé pour son fruit, son velouté et moelleux de texture, il demande en général au moins cinq années pour se faire, mais peut vieillir longtemps, c’est à dire vingt années et plus. Ses meilleures expressions offrent une opulence rassurante. On notera qu’il a la chance d’être servi par nombre de vignerons de qualité mais bien évidemment, tous les Brunate ne se valent pas ; et les bouteilles de très haut niveau ne sont pas si fréquentes. Au delà du vin d’Oddero (irrégulier mais pouvant être grand) cité plus haut, on ne manquera pas, si on en a les moyens financiers, également ceux d’Elio Altare (hélas bientôt plus produit, car Elio doit rendre sa vigne à son propriétaire - mais c’est son meilleur vin pourtant, et de loin !), Ceretto (le plus sous-estimé, pourtant capable de grandes choses, mais de façon irrégulière), Marcarini (le moins cher de tous et le meilleur rapport qualité/prix, c’est certain !), Mario Marengo (le plus méconnu dans les cuvées de haut-niveau), Vietti (un des plus onéreux mais également impressionnant de puissance) et enfin Roberto Voerzio (le plus ambitieux !). Mais d’autres un peu moins réputés sur le cru coexistent : Batasiolo, Enzo Boglietti, Francesco Borgogno, Damilano, Andrea Oberto, Francesco Rinaldi e Figli, Flavio Saglietti et enfin Mauro Sebaste.
  • Hors-classe - Cerequio (aussi sur Barolo - un producteur emblématique du cru : Roberto Voerzio) : à l’instar de Brunate son presque jumeau, Cerequio s’étend sur les deux mêmes communes (24.12 hectares). Mais plus original encore, le cru possède deux expositions diverses : la partie limitrophe de Brunate regarde l’est et le nord-est, tandis que l’autre, quasi opposée, regarde le sud et le sud-est. Le cru commence un peu plus haut en altitude que Brunate (290 mètres) mais finit aussi à 400 mètres. Plus épicé que le Brunate et moins en fruit, il offre bien souvent un grain légèrement plus ferme et se goûte en jeunesse encore plus corsé, ce qui laisse augurer d’un potentiel de garde d’au moins vingt ans en bonnes années, voire bien davantage. A son meilleur, le vin de Roberto Voerzio est incomparable, mais son prix et sa rareté le rendent difficile d’accès. C’est dommage, car la dégustation d’un 1994, 2001 ou 2008 permet notamment d’entrevoir ce qu’est un grand Barolo qui échappe au clivage traditionnel-moderne. Autres producteurs : Batasiolo, Boroli, Michele Chiarlo, Damilano, Giacomo Marengo et Flavio Saglietti.

  • Hors-classe - Rocche dell’Annunziata (un producteur emblématique du cru : Accomasso) : situé un peu plus au nord que les deux crus précédents et s’étalant de 240 à 385 mètres sur un peu moins de 30 hectares, le majestueux amphithéâtre naturel du Rocche dell’Annunziata est un terroir de rêve, regardant principalement le sud ; il varie autour de cette exposition d’est en ouest, mais bénéficie d’un ensoleillement global idéal pour le nebbiolo. Montant moins haut dans le coteau que Brunate et Cerequio, il peut donner naissance à des vins incroyables de structure, nervosité et tout à la fois de raffinement. En jeunesse, il peut donner des crus un peu « rentrés », mais ces faux maigres prennent dans le temps une race incroyable, qui les fait d’ailleurs un peu ressembler aux meilleurs Barbaresco de Neive. Dans ses meilleures années, le Barolo Rocche de Lorenzo Accomasso est la bouteille rêvée pour saisir la magie du lieu. Revendiquent également le cru : Renato Corino, Erbaluna, Mario Gagliasso, Franco Molino, Andrea Oberto, Renato Ratti, Fratelli Revello, Rocche Costamagna, Paolo Scavino, Aurelio Settimo (bon domaine à découvrir, rapports qualités/prix), Trediberri et enfin Mauro Veglio.

  • 1ère classe - Arborina (un producteur emblématique du cru : Elio Altare) : à deux pas du Rocche dell’Annunziata mais plus au nord, Arborina est un beau terroir par la classe, mais relativement petit par la taille (environ 10 hectares). Il s’étend de 250 à 320 mètres d’altitude et forme une sorte de semi-amphithéâtre obliquant de l’est au sud. Il est facilement repérable au cœur de la località de l’Annunziata ; le célèbre Elio Altare y est établi en plein coeur, au sommet du cru, en sa meilleure partie. Les plus beaux Barolo se démarquent ici par une palette de fruits noirs assez originale, mais aussi par leur texture veloutée et leur ampleur, avec un côté solaire caractéristique. Au delà des qualités naturelles indiscutables du terroir, on remarquera que ce cru est peut-être celui de la commune qui doit le plus sa notoriété aux « modernistes », notamment Gianfranco Bovio, les deux Corino (Renato et Giovanni), ou encore Mauro Veglio. Un dénommé Marco Curto le revendique aussi, mais nous ne connaissons pas ses vins.

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Deux vues et crus célèbres du vignoble de La Morra : Gattera (g.) et Arborina (dr.)
  • 1ère classe - Gattera (un producteur emblématique du cru : Cordero di Montezemolo) : bien connu pour son cèdre du Liban majestueux qui trône au sommet du cru de près de 30 hectares, immanquable quand on prend la route de La Morra depuis la fameuse SP3bis qui partage le vignoble du Barolo en deux, Gattera est un grand cru « d’école », mis en valeur par nombre de « modernistes », parmi lesquels l’incontournable Cordero di Montezemolo (les héritiers Ferrari), mais aussi Gianfranco Bovio ou encore Mauro Veglio. Les meilleurs vins se signalent par leur élégance de texture, leur palette épicée et leur réserve en jeunesse, qui les destinent à une bonne garde (quinze ans et plus). Nous ne connaissons pas la production de Franca Cravanzola, Fratelli Revello et Angelo Veglio sur ce terroir.

  • 1ère classe - La Serra (un producteur emblématique du cru : Marcarini) : perché au dessus du Cerequio de 370 à 450 mètres, La Serra (à ne pas confondre avec le cru Serra de Serralunga !) est un très beau terroir tardif d’environ 17 hectares, exposé majoritairement à l’est et au sud-est, qui permet de donner naissance à quelques-uns des Barolo les plus raffinés, parfumés et immédiats qui soient. Ils sont bons quasiment dès leur mise en marché et peuvent évoluer favorablement sur au moins dix années en bon millésime. Ceux de Marcarini et Roberto Voerzio sont les meilleurs que nous connaissions. On citera néanmoins les autres vignerons ici présents : Eugenio Bocchino, Agostino Bosco, Fratelli Casetta, Massimo Penna, Alberto et Gianni Voerzio. On notera que la partie la plus au nord du cru, longeant le cru Boiolo et regardant le nord-est, mérite moins d’éloges.

  • 1ère classe - Bricco Luciani : peu connu mais idéalement situé dans le bas de la commune à une altitude comprise entre 220 et 255 mètres, le Bricco Luciani possède deux expositions majeures qui ne se valent pas : la partie la plus intéressante de ce cru de près de 16 hectares est en fait sa moitié inférieure, tournant de sud-ouest à sud-est ; la moitié supérieure est moins idéale pour le nebbiolo et regarde le nord et le nord-est. Ici aussi, les modernistes règnent en maîtres avec Silvio Grasso, Mauro Molino, Cascina del Monastero. Mais un traditionnel résiste, Angelo Veglio.

  • 1ère classe - Conca : minuscule (2.45 hectares !) mais excellent cru, « coincé » entre Giachini et Bricco Luciani, Conca est un minuscule amphithéâtre exposé au sud et situé à une altitude (235 - 255 mètres) qui est celle des plus grands crus de La Morra. Il demeure relativement méconnu du fait de sa petite taille, mais il a la chance d’être mis en valeurs par trois bons domaines, tous modernistes : Mauro Molino, Renato Ratti et Fratelli Revello.

Les autres crus :

  • Annunziata ; Ascheri ; Berri ; Bettolotti ; Boiolo ; Brandini (un producteur emblématique du cru : Agricola Brandini) ; Bricco Chiesa ; Bricco Cogni ; Bricco Manescotto ; Bricco Manzoni ; Bricco Rocca ; Bricco San Biagio (un producteur emblématique du cru : San Biagio) ; Capalot ; Case Nere ; Castagni ; Ciocchini ; Fossati ; Galina ; Giachini ; Rive ; Rocchettevino ; Roere di Santa Maria ; Roggeri ; Roncaglie ; San Giacomo ; Sant’Anna ; Santa Maria ; Serra dei Turchi (un producteur emblématique du cru : Osvaldo Viberti) ; Serradenari (un producteur emblématique du cru : Serradenari) ; Sillio ; Torriglione
 
Domaines recommandés :
  • SC : Oddero : le patrimoine de Grands Crus de ce domaine traditionnel fondé en 1878 est tout bonnement fabuleux ! Jugez plutôt : Barbaresco Gallina, Barolo Vigna Rionda, Barolo Brunate, Barolo Bussia vigna Mondoca, Barolo Rocche di Castiglione et Barolo Villero. Le tout est complété par une cuvée de Barolo d’assemblage. Dans la gamme des autres cépages, il ne faut pas manquer la Barbera d’Asti Superiore « Dai propri vigneti storici del Comune di Vinchio d'Asti » qui comme son nom l’indique provient d’un terroir historique pour le cépage et l’appellation. En effet, en 1819, Gian Secondo De Canis, dans son Corografia Astigiana, identifie pour la première fois un terroir d’élection particulièrement favorable pour la Barbera, qui comprend la ville de Vinchio. Pour en revenir à la gamme des Barolo ici produits, elle couvre donc les communes de Serralunga, La Morra, Monforte d’Alba et Castiglione Falletto. A la tête du domaine, on trouve aujourd’hui Giacomo (le père, grand monsieur et figure d’importance pour le vin des Langhe) et Mariacristina et Mariavittoria Oddero (ses deux filles). Mais des documents familiaux laissent à penser que l’on produit du vin ici depuis le XVIIIème siècle. La cave actuelle et historique de vinifications et d’élevage est située à Santa Maria La Morra. Elle sera rejointe prochainement par une nouvelle cave destinée au vieillissement en bouteilles. La philosophie maison est assez simple et rejoint en ce sens nombre de traditionnels purs jus à savoir des pratiques aussi naturelles que possible à la vigne et à la cave. Une conversion bio a même été entamée en 2011 sur certains terroirs (Brunate à la Morra, Rocche di Castiglione dans le village du même nom et enfin Bricco Chiesa, une vigne de quatre hectares située à proximité de la cave). En cave, les macérations sans contrôle des températures durent en général de 20 à 30 jours pour les nebbioli et sont suivies par des élevages en grands foudres durant 30 à 40 mois environ. Les vins s’inscrivent logiquement dans cette approche traditionnelle, avec plus ou moins de régularité il faut bien le dire aussi. On peut donc tomber sur des bouteilles superbes, mais dans certains millésimes, également sur des cuvées un peu fatiguées ou imprécises. De ce point de vue, la marge de progression existe et constituera un chantier prioritaire pour la jeune génération aux commandes. Pas de cuvée particulière à recommander « les yeux fermés », le mieux étant d’acheter après avoir goûté attentivement, les prix n’étant par ailleurs pas tendres !
  • SC : Marcarini : voilà un domaine familial de taille raisonnable comme on les aime. A sa tête, Anna Marcarini Bava, largement secondée aujourd’hui par sa fille Luisa et son gendre Manuel Marchetti. Sur le finage de la Morra, le domaine a la chance de mettre en avant deux grands terroirs du Barolo, La Serra et le célèbre Brunate. Si le Brunate de la propriété est incontestablement et régulièrement une grande bouteille (proposée à des prix défiant toute concurrence pour un si grand terroir), il n’écrase en rien le Barolo La Serra de la maison, qui est pour ainsi dire notre chouchou. Ce dernier, dans les années pas trop acides, donne en effet un grand vin de parfum, aérien et sinueux, sans poids inutile, cachant sa force dans de délicieuses fragrances. Pour se faire une idée du potentiel du cru à son meilleur, il suffit d’ouvrir une bouteille de 2008 ou 2010 pour comprendre. A ne pas négliger non plus, le Dolcetto Boschi di Berri, franc de pieds (dont certains d’entre eux sont, dit-on, même préphylloxériques) et le Langhe Nebbiolo Lasarin assemblant des jeunes vignes de Barolo et d’autres sises dans le Roero, sur la commune de Montaldo Roero. En cave, le classicisme règne en maître avec des élevages pour les deux Barolo maison en grands foudres. Ici les vins ne sont jamais des monstres de puissance ni vinosité, mais peuvent déjà régaler après trois ou quatre années de bouteille. Une adresse à ne pas négliger, y compris au restaurant, car le domaine est bien représenté sur les cartes locales.

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Lorenzo Accomasso

  • SC : Lorenzo Accomasso : encore en activité à plus de quatre-vingts ans, le cavaliere Lorenzo Accomasso est une légende vivante du vignoble local, mais n’est pour autant pas du genre à se mettre en avant ni à chercher la médiatisation. Il n’envoie d’ailleurs pas d’échantillons aux différents guides, ce qui fait que bien des amateurs, même pointus, ont souvent et longtemps ignoré son existence, un peu comme un Lino Maga en Lombardie ou un Robert Michel à Cornas. Travaillant depuis des années avec sa sœur, il peut revendiquer fièrement le nombre hallucinant de 66 vendanges, mais aussi d’avoir connu toutes les époques clé de l’air moderne du Barolo. Il aura ainsi travaillé les sols avec l’antique boeuf, avec son père et grand-père, mais également vu fonctionner les roto-fermenteurs en inox guidés par l’électronique chez son voisin Elio Altare. Et durant toutes ces années, pensez-vous qu’il en ait profité pour changer quelque chose de fondamental dans sa manière de travailler ? Bien sûr que non ! « Il Barolo e il Barolo ». Il continue donc de cultiver la vigne de la manière la plus naturelle et simple qui soit. Il continue de macérer longuement ses raisins dans de grandes cuves en bois et d’élever son vin patiemment en grandes foudres, puis en bouteilles. Tant et si bien qu’en 2015, alors que ses collègues s’apprêtent à mettre les premiers Barolo 2011 sur le marché, lui va tranquillement sortir ses 2007 ! Un mot sur ses Barolo, tous issus du grand cru Rocche dell’Annunziata : Le Mie Vigne donne un Barolo d’entrée de gamme, qui donne le ton et permet de saisir le style maison ; Rocche, revendiqué en version Riserva, donne ici un Barolo alliant raffinement et structure lorsqu’il est à son meilleur, un grand vin hors du temps, à la simplicité déconcertante mais mémorable de dépouillement et sincérité ; et enfin Rocchette, revendiqué en version Riserva, peut-être moins singulier dans la perfection formelle, mais de grand caractère, un vrai Barolo de repas. Signalons que le Cavaliere reçoit toujours l’amateur, sur rendez vous bien sûr, et que si vous voulez être certains d’avoir du vin, il vaut mieux 1. parler italien - 2. y aller en automne, quand il a quelque chose à vendre, plutôt qu’au printemps ou en été. Au delà de tout angélisme ou rousseauisme dont nous nous garderions bien, signalons enfin, s’il en est encore besoin, que Renzo Accomasso est un vrai grand vigneron, et que cela n’est pas uniquement dû au fait qu’il soit vieux et encore en activité. Fier comme l’éternelle casquette qui couvre le chef de cette mémoire vivante du vignoble langhese et du vin de Barolo. Il est encore là, mais on sait déjà qu’il manquera.
  • SM : Roberto Voerzio : sur son cas, tout a déjà été dit et écrit ou presque. Mais comme nombre de modernistes de la première heure, on peut surtout regretter qu’il ait été jugé trop vite. Ou plutôt aussi rapidement encensé puis condamné (souvent par les mêmes personnes d’ailleurs), comme s’il n’avait fait que de se tromper et cela sans s’en rendre compte. Sauf que l’on ne fait pas une telle carrière et l’on n’est pas encore présent en 2015 si l’on se fourvoie complètement. Et Roberto, qui se définit lui-même comme un contadino (« paysan »), n’a jamais perdu son âme d’idéaliste et surtout continue d’aller aux vignes, avec son fils, afin de produire les plus grands raisins possibles, ne transigeant à aucun moment sur un quelconque sacrifice nécessaire à sa quête du grand vin. On peut toujours regretter les excès de jeunesse - et même encore sporadiques - quant à l’extraction ou au bois, et les quelques « envolées de volatile » (sic) sur des vins très mûrs élevés en petit contenant de chêne neuf, c’est certain. Mais pourtant, au vieillissement, ses Barolo semblent vieillir aussi bien que nombre de ceux de ses confrères plus académiques et classiques dans l’approche. La liste de terroirs possédée a de quoi faire rêver et donne le tournis : Brunate, Cerequio, La Serra, Rocche dell’Annunziata sur la Morra, Sarmassa sur Barolo, et l’on en passe (Fossati, Capalot, Case Nere). Notre chouchou demeure sans doute le Barolo Cerequio, même si ce dernier est tout sauf une découverte, mais il est surtout tellement meilleur que tous les autres produits sur le cru qu’il convient de le mettre en avant. Nombre d’autres Barolo du domaine sont évidemment et largement dignes d’intérêt, malgré leurs tarifs (très) élevés. En tout cas, l’ouverture d’une belle bouteille du domaine après dix années au moins de garde demeure souvent un événement et prouve surtout qu’il ne faut pas être trop pressé pour les apprécier et donc les boire. Par ailleurs, signalons que Roberto a évolué dans sa façon de cultiver la vigne (maturités et rendements plus équilibrés) mais également dans sa façon de vinifier et élever le vin (allongement des macérations, réincorporation progressive de foudres). Qu’on le veuille ou non, l’adresse reste donc incontournable, si tant est qu’on en ait les moyens financiers, faut-il encore le rappeler.

Domaines à suivre :
vignoble_barolo_langhe_cedre_cherasco
Sans doute la vue la plus connue de Cherasco, avec l’Arche du Belvédère

4. Commune de Cherasco
 
Situé à l’extrême ouest du vignoble, mais davantage connu pour ses vieilles pierres (château médiéval des Visconti et trois superbes églises construites entre le XIIème et XIVème) et son histoire que pour son vin, Cherasco compte tout de même parmi les villages qui ont le droit de revendiquer Barolo. Un seul cru y est connu et reconnu, Mantoetto, et ce dernier est revendiqué à ce jour par un seul vigneron, traditionnel, Umberto Fracassi. Mais l’histoire retient le nom de la commune pour le traité qui y est signé le 6 avril 1631 entre la France, l'Empereur Ferdinand II et la Savoie, en règlement du conflit de succession du Monferrato. On se souvient aussi de Cherasco car c’est ici qu’un armistice y est signé le 28 avril 1796. Le roi de Piémont-Sardaigne se retire en effet de la Première Coalition. Les places fortes d’Alessandria, de Cuneo et de Tortona sont livrées aux français après l’action rapide des armées de Napoléon Ier. Avec Bra, c’est peut-être la plus belle cité à visiter dans les environs immédiats du vignoble, encore plus jolie à notre sens que la ville d’Alba !
 
Le cru :
  • Mantoetto

5. Commune de Barolo
 
Comme nous l’avons vu précédemment, le vin de Barolo est né ici. Village d´origine médiévale occupant une position relativement centrale au sein du vignoble auquel il a donné son nom, Barolo est littéralement enchâssé entre les collines environnantes, et se trouve situé au bout - pour ainsi dire - d’une très jolie route qui s’élève et longe la mythique colline de Cannubi. Le village abrite notamment l´oenothèque régionale et le Musée ethnographique et œnologique, tous deux situés dans le Château Falletti. Ce dernier date du XIème siècle et domine le centre historique du bourg. On notera que l’oenothèque peut être une bonne solution pour les visiteurs pressés qui souhaitent acquérir quelques belles bouteilles à prix domaine, mais on prendra soin de choisir attentivement, car le meilleur y côtoie le reste, sachant que les crus et cuvées les plus rares ne seront pas disponibles sur place. Seul en général le dernier millésime sorti d’une seule cuvée par producteur est disponible. Concernant le Musée, il vaut vraiment la peine d’être visité, y compris avec des enfants, et surprendra par sa modernité et interactivité, dans un cadre pourtant très ancien. Une belle métaphore d’ailleurs de ce que sont les Langhe aujourd’hui, à savoir un lieu de culture et plaisir, navigant avec brio entre tradition et modernité. Concernant le caractère des crus du village, il est difficile de dégager un canevas commun, car finalement, par rapport à leur très grand nombre, peu sont revendiqués seuls, sauf les cinq cités ci-après, complétés de quelques rares autres (Castellero, Coste di Rose, Fossati, Liste et Terlo). A quoi cela est-il dû ? Au fait tout simplement que nombre d’entre eux sont assemblés pour reprendre le vieux principe cher à l’histoire et aux us et coutumes locaux. Par ailleurs, même des experts tels Alessandro Masnaghetti admettent que le village, bien qu’étant le plus connu de tous, n’est sans doute pas le mieux loti en grands terroirs. Il est vrai que face à Serralunga ou Castiglione Falletto par exemple, la concurrence est rude. Quoi qu’il en soit, on peut dire que les vins des meilleurs crus de la commune brillent par leur relative sensualité et leur style aristocratique. S’ils ne sont généralement pas des monstres de puissance ou structure, il est difficile de « tordre le nez » devant une belle bouteille du village. Il suffit de goûter un grand Barolo de Bartolo Mascarello, Giuseppe Rinaldi, ou même une - très - vieille Riserva de Giacomo Borgogno pour s’en convaincre.

Les crus les plus remarquables :
  • Hors-classe - Brunate (aussi sur La Morra - Cf. supra).
  • Hors-classe - Cerequio (aussi sur La Morra - Cf. supra).

  • 1ère classe - Bricco delle Viole (un producteur emblématique du cru : G.D. Vajra) : cru d’altitude s’il en est, le Bricco delle Viole (la « colline aux violettes », littéralement) est un des plus hauts en altitude (390 à 480 mètres) du finage de Barolo. Il dépend de la località Vergne, située au dessus du village de Barolo. De surface plutôt étendue (45.74 hectares !), il varie d’une exposition est à sud-ouest pour la partie située en dessous de la fameuse route qui coupe le cru en deux, à sud-sud-est pour la partie située au dessus. Mais surtout, ce cru est sans doute un des mieux mis en valeur de tout le village, avec peu de producteurs mais des vignerons de grande qualité, de la trempe de Mario Marengo (le plus moderne des trois), Aldo Vajra (G.D. Vajra) ou encore Giovanni Viberti. Amateurs de Barolo parfumés, fins et aériens, mais dotés de suffisamment de puissance et fond pour vieillir quinze ans et plus, ce cru est fait pour vous ! A noter que les prix demeurent relativement raisonnables pour la classe du terroir.


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Cannubi (au premier plan)
  • 1ère classe - le secteur Cannubi pour les crus Cannubi Boschis (prod. emblématique : Luciano Sandrone), Cannubi, Cannubi San Lorenzo, Cannubi Valletta (prod. emblématique : Comm. G.B. Burlotto), Cannubi Muscatel. La longue colline de Cannubi (un peu moins de 65 hectares) s’étend selon une diagonale qui va de l’extrémité nord-est du finage du village de Barolo (Cannubi Boschis) aux portes de ce même village (Cannubi Muscatel), plus au sud et plus à l’ouest. Les meilleures expositions regardent le sud et le sud-est, les autres font plutôt face à l’est, au nord-est, à l’ouest et au nord-ouest. L’altitude moyenne de la culture de la vigne sur la colline s’étale de 220 à 320 mètres. La particularité pédologique du cru, au delà du calcaire et de l’argile, est la présence accrue en de nombreux endroits de sable, qui, d’après les vignerons, accroîtrait la finesse de texture des vins, tout en privilégiant également les arômes balsamiques. Par ailleurs, signalons qu’une polémique a agité - et agite encore - les producteurs locaux sur la question de savoir si l’on doit uniquement pouvoir appeler Barolo Cannubi les vins issus de la parcelle éponyme historique, ou si l’on doit pouvoir le faire pour l’ensemble des subdivisions citées ci-dessus. Aujourd’hui le consensus n’existe encore pas, les producteurs et même journalistes les plus capés ne sont pas d’accord entre eux. Pour nous mêler au débat, nous serions tentés de faire un peu de provocation en affirmant que s’il existait aujourd’hui davantage de grands vins de Cannubi, quel que soit leur sous-climat d’origine, il paraitrait légitime de se poser toutes ces questions ; mais en l’état, les bouteilles au niveau de la légende de ce terroir manquent franchement. Un peu comme pour le Clos-Vougeot en Bourgogne ! Il faut dire aussi que certains grands producteurs historiques (Giuseppe Rinaldi, Bartolo Mascarello) assemblent leur(s) Cannubi selon la tradition à d’autre crus, et de fait ne peuvent les revendiquer seuls, ce qui n’aide pas à la reconnaissance du cru. De plus, les autres bons producteurs de Cannubi sont assez vite décomptés par rapport à la taille de la vaste colline : Luciano Sandrone, Comm. G.B. Burlotto, Pira & Figli « Chiara Boschis », Barale Fratelli, Brezza, Ceretto, Giacomo Fenocchio, Luigi Einaudi, Giacomo Borgogno et Paolo Scavino. Mais alors pourquoi Cannubi est-il si connu et célèbre ? On peut simplement constater qu’avec les deux autres crus mis en exergue ici, il est un des rares très bons terroirs du village de naissance du vin de Barolo. Il a donc sans doute très tôt bénéficié d’une certaine aura, du fait du caractère privilégié du lieu pour produire des raisins de qualité. Qui plus est, il longe la route qui jadis menait déjà à Alba, ce qui a pu également servir positivement sa notoriété. Enfin, pour des pistes complémentaires, on ne loupera pas l’excellente vidéo postée par Antonio Galloni sur son site, avec une Maria Teresa Mascarello très en verve et un Beppe Rinaldi au propos incroyablement intelligent.
  • 1ère classe - Sarmassa (un producteur emblématique du cru : Brezza) : Sarmassa est un très beau cru, mais qui est loin d’être homogène dans sa configuration (33.74 hectares), il faut le savoir ! En effet, formant une sorte d’amphithéâtre qui regarde majoritairement l’est, il peut être découpé en trois zones : la meilleure, qui varie de sud à sud-ouest, située sur la partie la plus septentrionale du cru, sous la fin du Cerequio ; la partie intermédiaire, qui varie de nord-est à sud-est ; enfin la partie inférieure, qui varie de nord-ouest à sud-ouest, et qui fait face au cru San Lorenzo, lui-même mitoyen du Cannubi San Lorenzo. L’altitude moyenne peu élevée (240 à 300 mètres) permet de compenser les expositions les moins favorables, même si elle n’en fait pas pour autant de grands terroirs de nebbiolo. En effet, au delà du cépage roi, on notera que le cru est également planté en barbera, dolcetto, et en divers cépages blancs et rouges, ce qui est toujours révélateur - notamment pour les cépage blancs - d’expositions fraîches. Deux producteurs semblent au dessus du lot : Brezza, le plus emblématique de tous sur le cru, avec deux cuvées, Sarmassa et Bricco Sarmassa qui en constituent sans doute la meilleure partie - un traditionnel de la première heure, qui a progressé en précision sur les derniers millésimes, et qui est également connu pour son hôtel-restaurant de couleur jaune, une maison incontournable ; enfin dans un esprit de modernité accentué, l’inénarrable Roberto Voerzio, qui décidément est omniprésent sur les plus grands terroirs des finages Barolo-La Morra. Au delà de l’emplacement des vignes, on notera que nombre d’autres producteurs peu connus des amateurs de vins locaux sont ici présents : Cav. Enrico Bergadano, Il Colombo, G. Scarzello e Figli, Tenuta la Volta Cabutto. Bien plus connu, Marchesi di Barolo est également là.
Les autres crus :
  • Albarella ; Bergeisa ; Boschetti (un producteur emblématique du cru : Gomba Boschetti) ; Bricco San Giovanni ; Castellero ; Coste di Rose ; Coste di Vergne ; Crosia ; Drucà ; Fossati ; La Volta ; Le Coste di Barolo ; Liste (un producteur emblématique du cru : Giacomo Borgogno) ; Monrobiolo di Bussia ; Paiagallo (un producteur emblématique du cru : Giovanni Canonica) ; Preda ; Ravera (aussi sur Novello - Cf. supra) ; Rivassi ; Ruè ; San Lorenzo di Barolo ; San Pietro ; San Ponzio ; Terlo (un producteur emblématique du cru : Luigi Einaudi) ; Vignane ; Zoccolaio ; Zonchetta ; Zuncai.
 
Domaines recommandés :
  • SC : Bartolo Mascarello : (cliquer pour accéder au compte-rendu de visite)

  • SC : G.D. Vajra : (cliquer pour accéder au compte-rendu de visite)

  • SC : Giuseppe Rinaldi : avec Lorenzo Accomasso, l’autre légende des grands vins traditionnels encore en activité, c’est bien lui, Beppe « Citrico » Rinaldi, aidé aujourd’hui de ses filles, Marta et Carlotta. Du caractère il en a à revendre. De la causticité encore davantage, à l’égard des femmes, de la vie, de ses confrères, des directions et évolutions du vignoble local. Et nous en oublions. Mais quelle culture, quelle connaissance du vin des Langhe, quelle clairvoyance et pour tout dire, quelle intelligence des choses ! De trois heures passées en sa compagnie, on ressort en général conquis et surtout en se demandant qui pourrait mieux connaître que lui le Barolo. La visite commence en général dès le coup de téléphone de la prise de rendez-vous, où il faut insister pour lui « voler » une demi-heure de son temps afin d’avoir le droit de goûter ses vins et surtout de le rencontrer. Le jour du dit rendez-vous, il feint bien souvent d’avoir oublié, puis prend une heure pour bavarder sur le pas de sa porte à propos de l’histoire et évolution du vin local. Après ce quasi monologue en forme d’examen de passage, on entre enfin dans la maison et le salon constellé de vieilles photos, gravures, tableaux, citations et autres encadrés qui n’ont parfois - et même bien souvent - pas grand chose à voir avec le vin. Le cigarillo à moitié éteint à la bouche, il continue de grogner, attrape des verres (à moitié propres ?!), puis l’on descend dans ce qu’il faut bien appeler une cave-musée, et qui est - en tout cas pour notre goût - une des plus belles (et bordéliques !) de toutes les Langhe. La dégustation a lieu sur foudre et ensuite autour de quelques bouteilles. Mais c’est encore à la maison, chez soi, assis confortablement, que l’on goûte le mieux les vins du « grincheux ». Notamment ses Barolo, qui offrent à la fois une séduction et une retenue qui cadre finalement parfaitement avec le bonhomme et sa vision de la vie, du monde et du Barolo. Historiquement, et ce jusqu’au millésime 2009, le domaine a longtemps produit deux Barolo, fidèles à la tradition car ils assemblaient pour chacun d’entre eux deux terroirs et les revendiquaient comme tels. Il s’agissait de Brunate-Le Coste et Cannubi San Lorenzo-Ravera. Le premier est le vin bâti pour la longue garde, le plus puissant, le plus moelleux, le plus construit pour la bouche et les plaisirs tactiles. Le second est davantage un vin de nez, d’un raffinement aromatique et d’une sensualité incroyable, et par ailleurs doté d’un toucher de bouche et d’une finesse renversants. Mais depuis 2014 est entrée en vigueur une loi européenne qui contraint les vignerons historiques et classiques à ne plus pouvoir citer et revendiquer sur l’étiquette les noms des crus qu’ils assemblent, sous prétexte que cela créerait une confusion dans l’esprit du consommateur. On laisse le lecteur juger de la pertinence de ce « brillant » fait. Ainsi donc, depuis le millésime 2010, deux autres « nouveaux » Barolo sont donc produits : un Brunate, dans lequel on doit sans doute trouver un peu de Le Coste, mais sans mention de ce dernier sur l’étiquette ; et un Barolo Tre Tine, assemblant le reste de ses raisins de Le Coste, couplés aux meilleurs nebbioli des crus Cannubi San Lorenzo et Ravera. Un mot sur le style, qui bien qu’il ait peu changé depuis au moins cinquante ans (vinifications en cuves tronconiques bois depuis toujours, comme Burlotto), a quand même évolué vers plus de finesse, pureté et régularité depuis l’arrivée des filles de Beppe, et c’est tant mieux. Mais pour l’amateur, s’il devait y avoir un hic, il viendrait bien évidemment du succès et du nouvel engouement autour du domaine, qui fait flamber les prix des cavistes et autres importateurs, alors que Beppe a lui finalement assez peu augmenté ses tarifs. Il se passe d’ailleurs la même chose autour de sa cousine Maria Teresa Mascarello, ce qui n’est pas sans nous évoquer le retour en grâce au cours des dix dernières années de quelques gloires du vignoble de Gevrey-Chambertin, tels Armand Rousseau et Fourrier, pour ne citer qu’eux. Mais la comparaison s’arrête là, car eux ont sensiblement augmenté leurs tarifs afin de tenter limiter la spéculation sur leurs vins dès que ceux-ci franchissent les portes du domaine. Heureusement, leurs confrères de Barolo n’en sont pas là, mais pour combien de temps encore ? En attendant, on continuera de boire leurs vins qui n’ont peut-être - et même sans doute - jamais été aussi bons !

  • SC : Giacomo Borgogno : s’il est un domaine historique et d’importance pour la région, et même si l’on a tendance à l’oublier, c’est bien celui-ci ! Le nom Borgogno a depuis toujours ou presque fait référence à une des plus anciennes caves des Langhe, donc du Piémont. Tout commence en 1761, quand Bartolomeo Borgogno fonde la cave. Dans les années qui suivront, l'histoire du domaine sera souvent liée à celle de l’Italie, comme en 1861 (année de l'unification du pays) lorsque le vin choisi pour accompagner le repas de fête officiel est un Barolo Borgogno. En 1920, Cesare Borgogno, le plus jeune des cinq frères, devient responsable de la cave. Figure de proue de l’appellation, il initie quelques innovations importantes pour l’époque, comme par exemple, le choix de garder les grands millésimes longuement en cave dans le but de réunir un patrimoine de vins hors du commun. Dans la seconde moitié des années 50, s’achève la restructuration des caves, et en 1967, la société prend son nom actuel Giacomo Borgogno & Figli. Après Cesare Borgogno, le relai est transmis en 1968 à sa nièce Ida et son futur mari Franco Boschis, puis à leurs enfants, Cesare et Giorgio. Beaucoup plus récemment, 2008 marque une autre étape importante dans l'histoire du domaine : l'entreprise est reprise par la famille Farinetti et notamment le célèbre Oscar, bien connu pour être entre autres à l’origine de Eataly. En 2010, son fils Andrea Farinetti, qui vient de finir sa formation en oenologie, prend les rênes de l'entreprise. La propriété couvre aujourd’hui environ 20 hectares (4 de forêt et 16 de vigne). Plus de la moitié du vignoble est plantée de nebbiolo, le reste est divisé surtout entre dolcetto et barbera. On notera qu’aujourd’hui, la culture est assurée sans engrais chimiques ni herbicides. Les grands crus du domaine s’appellent Cannubi, Cannubi San Lorenzo, Fossati, Liste et San Pietro Delle Viole et sont donc tous situés sur le finage de Barolo. En cave, les pratiques se veulent aussi naturelles que possibles, sans recours à des produits œnologiques autres que le so2. Les élevages sont, pour les nebbioli, conduits intégralement en grands foudres et font suite à des macérations relativement longues, qui inscrivent bien sûr le domaine dans le courant traditionnel. Au delà de la large gamme de spécialités hors nebbiolo (Dolcetto, Barbera, Barbera Superiore, Freisa), du simple Langhe Nebbiolo, de cuvées à consonance plus marketing (No Name, Le Teorie, Resistenza, I colori del Barolo), on notera que le domaine produit un simple Barolo, trois très bons crus - Fossati, Liste et Cannubi - et enfin l’orgueil de la maison, le Barolo Riserva, produit uniquement en grands millésimes et assemblant les meilleurs raisins de nebbiolo du domaine élevés longuement en grands foudres puis bouteilles. De loin, c’est le plus grand vin de la maison, qui demande beaucoup de temps en bouteilles, mais qui récompense alors les chanceux qui ont eu l’occasion d’en boire à maturité. La dégustation (encore possible puisqu’ils sont en vente sur place) de grands millésime des années 40 à 80 donnera le frisson à nombre de dégustateurs, car ils ont une tenue exceptionnelle dans le temps et peuvent alors prendre une patine et un éclat insoupçonnables. Ce sont même selon nous les plus grands de tous au très long vieillissement, avec souvent plus de netteté et d’évolution favorable que d’autres célèbres et antiques caves ! On notera qu’un Barolo Chinato - que nous ne connaissons pas - est aussi produit.
  • SC : Brezza : on est ici au cœur de la tradition piémontaise du vin et de l’accueil, avec ce domaine familial qui fut créé en 1885 et qui, au delà de produire du - très bon - Barolo possède également un restaurant et un hôtel que l’on pourrait unir sous le concept d’auberge. La propriété actuelle couvre une superficie de 22 hectares dont 16.5 de vignes. Le fondateur de la cave se nommait Giacomo Brezza, et fut le premier de la famille à mettre en bouteilles en 1910 en compagnie de son père Antonio. La partie originelle de la cave, autrefois utilisée pour les vinifications, est aujourd’hui réservée aux élevages. Tradition ne rimant pas avec immobilisme, on signalera qu’en annexe à cette partie historique des locaux affectés aux vinifications, on trouve une cuverie en inox avec contrôle de températures, un système de remontages automatique, une salle pour la fermentation malolactique et une autre pour le stockage et vieillissement en bouteilles. Les terroirs possédés sont de premier ordre et permettent de mettre en avant une gamme « à la bourguignonne » où chaque cépage est décliné selon son climat d’origine : on trouve ainsi deux Dolcetto (San Lorenzo et Fossati), trois Barbera (Cannubi Muscatel, Cannubi et Santa Rosalia), une Freisa et un Nebbiolo d’Alba (tous deux issus de Santa Rosalia), et enfin cinq Barolo : une version classique, assemblage de plusieurs vignes sises sur le finage de Barolo ; un Barolo Castellero ; un Barolo Cannubi ; et enfin les deux vins les plus symboliques du domaine, Barolo Sarmassa et Barolo Bricco Sarmassa, le fameux cru-orgueil de la maison. Dans les derniers millésimes, il semblerait que les vins aient gagné en précision aromatique, justesse d’extraction et qualité de tanins. Les prix sont raisonnables.

  • SM : Luciano Sandrone : véritable star du Barolo de par le monde, Luciano Sandrone, est pourtant le plus ordinaire (au meilleur sens du terme) des hommes, et n’a, nous le pensons sincèrement, jamais voulu à tout prix être célèbre. Non, lui, ce qu’il a toujours visé, c’est produire les meilleurs vins possibles, sans œillères, sans dogme, prenant ce qu’il y avait de meilleur à prendre du côté de la tradition et de la modernité. Il le revendique d’ailleurs totalement et l’assume avec la sagesse tranquille des vieux maîtres. C’est plutôt l’arrivée sur la propriété de sa fille, Barbara, qui a permis de poursuivre le travail de notoriété initié par Robert Parker qui, dès les débuts de Luciano ou presque, avait mis ce dernier sur le devant de la scène via de grosses notes dont il a le secret. Professionnelle jusqu’au bout des ongles, Barbara pilote le domaine pour tout ce qui a trait à la commercialisation et communication, alors que Luca, le jeune frère de Luciano, dirige quant à lui la culture du vignoble, avec une exigence qui est la marque des Sandrone. Ici donc, on travaille en famille et rien n’est négligé pour faire bon et surtout encore meilleur. Bien sûr, le Barolo de légende du domaine est issu du Monghisolfo, plus connu sous le nom de Cannubi Boschis ; en tout cas c’est celui qui a permis à ce dernier de connaître les plus grands succès et de faire connaître ce terroir (revendiqué par un seul autre vigneron à ce jour, Virna). Mais cela a souvent et par ailleurs éclipsé « l’autre » Barolo (qui n’est par ailleurs pas une petite cuvée ni un second vin) du domaine, et nous le regrettons personnellement, car dans les derniers millésime (en tout cas depuis 2008), Le Vigne nous plait en vin jeune sans doute davantage et se goûte donc mieux que son confrère d’écurie. Il faut dire que cette cuvée a beaucoup bougé au fil du temps (le vin a été créé avec le fabuleux millésime 1990), tant stylistiquement (plus de bois et d’extraction durant la première décennie) que dans sa nature propre au fil du temps (l’assemblage des terroirs a évolué : Conterni et Vignane de 1990 à 1993 ; Conterni, Merli et Vignane de 1994 à 1997 ; Ceretta, Conterni, Merli et Vignane de 1998 à 2009 ; et enfin Baudana, Merli, Villero et Vignane depuis 2010). Au delà des deux Barolo, et même si le Dolcetto est plus qu’exemplaire et la Barbera réalisée avec une exigence digne de ce nom (un peu boisée parfois), il ne faut surtout pas manquer le Nebbiolo d’Alba Valmaggiore, issu d’un des plus grands terroirs du Roero et qui, depuis 2008, atteint des sommets en matière de raffinement pur. Un vin superbe et un grand coup de cœur, qui n’a pas à rougir (sic) face aux autres grandes cuvées réalisées sur le cru (Bruno Giacosa, Brovia). Dernière précision quant au domaine et au style des vins, du moins pour les nebbioli, il semble en effet que depuis cinq ans environ, la qualité des élevages et boisés se soit considérablement affinée et améliorée. Tant et si bien que pour les meilleurs vins et millésimes, on les oublie carrément, ce qui est toujours une bonne chose en matière de grands rouges de garde.
Domaines à suivre :
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Novello

6. Commune de Novello
 
C’est un des villages du Barolo les plus méconnus, et pourtant... La route qui y mène, venant de la Morra, permet de jouir d’une vue d’une spectaculaire beauté, avec le village qui se découpe et en arrière plan, un panorama exceptionnel sur les Alpes qu’on dirait proches. En son centre trône une tour médiévale, qui seule a résisté à la destruction du château historique, remplacé au XIXème siècle par une construction de l’architecte Giovanni Schellino. Le nouveau et donc actuel château est un bâtiment « rococo » aux formes néogothiques, aujourd’hui transformé en hôtel et qui s’inspire des atmosphères romanes chères à son créateur. A l’instar du Pelaverga de Verduno, le vin le plus identitaire de la commune est le Nascetta, obtenu à partir d'un cépage autrefois célèbre, mais dont la production a progressivement baissé pour se cantonner désormais au seul village dont il est ici question. Quant au style des vins de la commune, nous l’envisagerons ci-après sous l’angle du meilleur des crus du finage, le célèbre Ravera, qui est celui que nous connaissons le mieux.
 
Le cru le plus remarquable :
  • 1ère classe - Ravera (un producteur emblématique du cru : Elvio Cogno) : excellent cru sous-estimé, de très grande taille (130 hectares), aux expositions multiples et bien évidemment inégales, mais capable de donner des vins magnifiques d’éclat fruité et de raffinement de tanin. Son altitude varie de 300 à 480 mètres, ce qui commence à être relativement haut et tardif pour le vignoble du Barolo. Le cru regarde majoritairement l’est, pour la partie la plus élevée, sud-sud-est pour le versant le mieux exposé de la Cascina Nuova, sud-sud-ouest pour la partie incluse entre la Cascina Parusso et le Bricco Pernice. Ce cru est avant tout celui de la famille Cogno, qui n’en tire pas moins que quatre excellents - voire grands - Barolo : les biens nommés Casina Nuova, Ravera, Vignaelena et Bricco Pernice. Il est mis en valeur également par d’autres vignerons moins connus et réputés. On notera que le domaine G.D. Vajra vient de faire l’acquisition de vignes sur ce cru et l’on suivra le vin qui va en provenir dans les prochaines années. A leur meilleur, les grands Barolo du cru se signalent par un côté solaire (notamment dans le parfum) allié à une texture douce et relativement tendre pour un Barolo du sud, mais les sols sont sensiblement différents de ceux de Monforte ou Serralunga d’Alba, comme nous avons pu le voir plus haut.
Les autres crus :
  • Bergera-Pezzole ; Cerviano-Merli ; Ciocchini-Loschetto ; Corini-Pallaretta ; Panerole ; Sottocastello di Novello
 
Domaine recommandé :
  • SC : Elvio Cogno : un temps lié au domaine Marcarini de la Morra, ce beau domaine familial continue aujourd’hui de marcher dans les pas de son fondateur, Elvio Cogno. La cave est née dans d’anciennes granges attenantes à une ferme et rénovées pour faire face à de nouveaux défis de vinification. Grâce à une gestion du vignoble rationnelle, sans extrémisme mais avec de faibles rendements, en respectant l'équilibre biologique de la vigne, Valter Fissore et Nadia Cogno ont réussi à hisser le domaine au sommet de la qualité de cette commune méconnue, mais pourtant riche de très beaux terroirs, dont le plus connu d’entre eux, le Ravera. Le domaine produit un Dolcetto, un blanc du méconnu cépage local nascetta, une Barbera de terroir élevée en grands foudres (Bricco dei Merli), une rare Barbera de vignes préphylloxériques (issue du cru Berri, comme le Dolcetto préphylloxérique de Marcarini), un Langhe Nebbiolo de fruit (Montegrilli), un Barbaresco Bordini (vignes sises sur Neive), et enfin et surtout quatre Barolo, tous issus du vaste cru Ravera, macérés longuement en cuves inox puis élevés en grands foudres de Slavonia : Cascina Nuova (issu de jeunes vignes, un vin assez immédiat, bien construit, accessible) ; Bricco Pernice (littéralement « la colline des perdrix », issu d’une parcelle sise dans le cœur du Ravera historique et réputée pour donner des vins d’une grande élégance) ; Ravera (le grand classique du domaine, qui donne des vins aériens mais souvent solaires, faciles d’accès mais sans superficialité) ; et enfin la Riserva Vigna Elena (produite uniquement dans les plus grands millésimes, issue de vieux clones de nebbiolo dégénéré de type Rosé, et élevée 36 mois en foudres puis encore 24 en bouteilles). Pour notre goût, ce sont souvent le Bricco Pernice et le Ravera qui se distinguent et qui semblent les plus réguliers. Prix très raisonnables.

7. Commune de Monforte d’Alba
 
Imposant bourg du sud de la zone délimitée du Barolo, le village de Monforte est sans doute un des plus « traversés » par les touristes et autres aficionados du vin local, mais on s’y arrête étrangement peu, sauf pour aller chez les bons vignerons du crus disséminés ça et là, plus souvent « perdus » aux quatre coins du finage plutôt que dans le centre du village. Pourtant, la commune ne manque ni d’attrait, ni de patrimoine, avec notamment les nombreuses rues en pente qui montent à la place de la vieille église, l’oratoire baroque de Sant'Agostino et San Bonifacio, le campanile, le Palazzo dei Marchesi Scarampi daté du XVIIIème siècle et enfin le méconnu auditorium Horszowski. De l’histoire locale, on peut citer l'épisode dramatique de l'hérésie cathare qui se propage vers l'an 1000, sous couverture de la comtesse Berta, légende locale : emprisonnés à Milan par ordre de l'archevêque Ariberto d’Intimiano, les Cathares de Monforte sont brûlés sur le bûcher en 1028. Mais revenons-en au vin et à des choses plus heureuses, car le finage de Monforte, le plus vaste du Barolo avec celui de la Morra, a bien des secrets à livrer, tout comme ses paysages sauvages extrêmement bien préservés et moins marqués par la monoculture que d’autres communes voisines. Si l’on devait dégager une trame commune aux Barolo du finage, on ferait avant tout ressortir leur aspect méridional, du fait de leur position géographique, avec un alcool souvent présent mais qui, lorsqu’il ne déborde pas, donne à la fois aux vins de l’opulence dans le parfum et la texture, mais aussi de la puissance dans les finales et autres arrière-bouches. Des vins virils, solaires, qui à l’instar des grands Châteauneuf-du-Pape ont souvent besoin de quelques années avant de se calmer et de gagner en raffinement. Mais des exceptions existent bien sûr, comme dans certains sous-secteurs du vaste Bussia par exemple.
 
Les crus les plus remarquables :
  • Hors-classe - le secteur Bussia pour les crus Bussia Soprana, Bricco Cicala, Romirasco, Colonello, Gabutti et Pianpolvere (deux producteurs emblématiques de ces crus : Aldo Conterno et Bussia Soprana). Allez, osons cette assertion : le Bussia n’existe pas. Ou plutôt si, mais le découpage du cru, à l’image des autres crus de la commune, est tellement large (presque 300 hectares !) et englobant (pour ne pas dire hétérogène) qu’il n’a finalement pas grand sens. En effet, entre Visette et Pugnane par exemple, combien de différences de microclimats, d’altitudes, d’expositions et autres facteurs de différenciation ? Une multitude. Bussia est donc à considérer comme un sous-ensemble à l’intérieur duquel il convient de faire ressortir les meilleurs « climats », car eux-seuls sont capables d’enfanter de vrais grands vins. Il s’agit donc des six précités. Leur altitude varie de 270 à 390 mètres pour la zone du Bussia Soprana et des crus assimilés, et de 300 à 400 mètres pour le Pianpolvere. Les vignes regardent le sud et le sud-est dans la partie centrale du Bussia Soprana, qui bifurque en direction du cru Dardi ; elles sont plutôt exposées sud-ouest pour le Colonello, sud et sud-est pour Bricco Cicala, et sud-ouest pour Romirasco et Gabutti ; enfin pour Pianpolvere, l’exposition de la partie centrale regarde le midi et tire vers le sud-ouest dans les autres parties. Les meilleurs vins ici produits impressionnent par leur couple ampleur-élégance de texture. Il se dégage de ces crus une impression de force tranquille, avec encore plus de velouté que les grands Cerequio ou Brunate. Au delà des deux domaines cités en préambule et qui sont complètement incontournables, voire en situation d’oligopole - Aldo Conterno pour sa production sur plus de trente années et Bussia Soprana qui peu à peu fait renaître sa légende -, on citera les noms de Prunotto et Baralle Fratelli. On connaît moins les vins de Francesco Clerico (en bio), Oreste Stroppiana, Fratelli Adriano et Pianpolvere Soprano.
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Poderi Aldo Conterno en plein cœur du Bussia, une vue « culte »
  • Hors-classe - Ginestra : terroir de surface importante (114 hectares), comme le sont tous les crus ou presque de la commune, Ginestra est un des tous grands crus méridionaux du Barolo. S’étalant de 270 à 540 mètres d’altitude, donc doublant quasiment sa hauteur, il tire avant tout partie de ses meilleures expositions, sud et sud-est ; même si d’autres moins bien exposées regardent les trois autres points cardinaux principaux à savoir l’est, l’ouest et le nord. Mais dans tous les cas le nebbiolo domine, ce qui signifie que ce raisin, même tardif, mûrit ici plutôt bien voire très bien ; c’est la caractéristique des grands terroirs de l’appellation. Le vin du bouillonnant - mais assagi par les épreuves de la vie - Domenico Clerico est une référence, et les vieux millésimes (fameux 89 et 90 !) sont là pour prouver le potentiel de garde de ce cru. Il est également mis en valeur par d’autres vignerons de renoms tels Conterno Fantino (Sorì Ginestra et Vigna del Gris) et Paolo Conterno. Mais les vins que nous aimons peut-être le plus sur ce terroir sont ceux d’Elio Grasso, notamment son Ginestra Vigna Casa Maté, qui possède à la fois une forte puissance et un côté civilisé et confortable qui personnalise à merveille le Barolo du sud qu’il est, à la manière des grands Châteauneuf qui atteignent l’âge de raison. On n’oubliera pas non plus les cuvées produites par les producteurs suivants, moins connus mais à découvrir : Gemma, Diego Conterno, Cascina Chicco et Cascina Pajana de la famille Seghesio.
  • 1ère classe - Gramolere (un producteur emblématique du cru : Giovanni Manzone) : terroir de taille relativement modérée pour la commune (seulement 41.4 hectares !), le célèbre Gramolere s’étale de 320 à 470 mètres d’altitude environ et forme comme une langue insérée entre Perno et Bussia. D’exposition particulièrement chaude dans sa meilleure partie, c’est à dire sud-ouest, il continue ensuite complètement à l’ouest pour basculer enfin nord, sur son exposition la moins intéressante. La partie sud-ouest est majoritairement plantée en nebbiolo, tandis que les hauts et la partie septentrionale sont davantage orientés vers le dolcetto, la barbera et surtout les cépages blancs. Avant tout, les grands Gramolere brillent par leur opulence de parfums (abricot, kirsch, arômes balsamiques) et saveurs, mais sans se départir d’une finesse et d’un velouté de texture qui sont la marque du cru, marqué par des pentes terrifiantes et la présence accrue de sable enfermé dans des sortes de poches dans le sol et sous sol. Le très sympathique Giovanni Manzone et son fils en sont les vignerons incontournables, avec leur domaine sis à quelques encablures du cru. Quand les vins sont réussis, c’est à dire précis et pas trop marqués par l’acidité volatile (ce qui arrive de temps en temps ici !), ils sont parmi ce que l’on peut goûter de meilleur et de plus fin sur tout le finage de Monforte, mais la concurrence est rude avec le Gramolere d’Alessandria Flli, originaire de Verduno, à l’autre bout du vignoble. On n’oubliera évidemment pas non plus la Cascina Gramolere de Claudio Pressenda et qui met en avant le cru via une unique et « simple » cuvée de Barolo sans mention de cru sur l’étiquette, avec un élevage traditionnel en grand foudre de Slavonia.

  • 1ère classe - le secteur Perno pour le cru Santo Stefano di Perno : faisant partie du trio des plus vastes crus de Monforte, avec Bussia et Bricco San Pietro, Perno correspond pratiquement à un finage, celui de la località dont il a pris le nom et qui, lorsqu’on en prend la route venant de Monforte d’Alba par le haut, ou de Serralunga par le bas, offre un des panoramas les plus ébouriffants de tout le Barolo ; une route qui serpente de façon incroyable dans le paysage et emprunte des pentes très accentuées. Ici, le paysage n’a sans doute pas changé depuis au moins trente ans voire davantage, tant la nature demeure foisonnante et sauvage. Les coteaux accentués interdisent, à moins de dantesques travaux de terrassement, toute tentative de construction envahissante. L’altitude varie de 220 à 450 mètres, avec une forte amplitude, comme pour le Ginestra. Les meilleures parties regardent l’ouest et le sud-ouest donc le Bussia, tandis que les autres obliquent vers l’est et le sud-est et ne sont pas mauvaises non plus ! La meilleure partie est sans conteste le Santo Stefano di Perno, popularisé par de nombreux producteurs parmi lesquels les bien connus Giuseppe Mascarello et Rocche dei Manzoni ; mais d’autres, moins célèbres, possèdent de belles surfaces sur le cru, notamment la méconnue Cascina Tiole.
  • 1ère classe - Mosconi : terroir de premier ordre qui a la chance d’être exploité par un nombre impressionnant de producteurs de qualité, Mosconi reste finalement et étrangement peu connu, ce que l’on peine à s’expliquer car ici, tout joue en sa faveur. Le cru est en effet moins vaste que d’autres dans la commune mais demeure de bonne taille (pratiquement 76 hectares !). Il s’étend de 310 à 530 mètres d’altitude, avec des expositions est à sud pour les meilleures parties, et variant d’ouest à nord pour les parcelles les moins intéressantes. Pour en revenir aux producteurs du cru, quasiment tous sont dignes d’intérêt et il paraît difficile d’en distinguer ou faire ressortir un : Bussia Soprana, Domenico Clerico (cuvée Percristina), Conterno Fantino, Famiglia Anselma, Pira e Figli « Chiara Boschis », Giovanni Rocca et enfin Rocche dei Manzoni. Les vins sont en général dans le « type » de la commune à savoir plutôt solaires et puissants, mais non dénués d’élégance pour les meilleurs d’entre eux.

  • 1ère classe - Castelletto : de surface importante (près de 128 hectares), Castelletto est un terroir de qualité relativement homogène pour sa taille et pourtant, il demeure finalement assez peu connu ! S’étalant de 250 à 520 mètres (donc doublant quasiment son altitude), le cru est globalement exposé est et sud-est sur ses meilleurs spots, avec d’autres parties regardant l’ouest, l’est ou le nord. De par sa taille, il est logiquement revendiqué par un nombre important de domaines, parmi lesquels on trouve Abbona, Giovanni Manzone, Rocche dei Manzoni, Gigi Rosso, Josetta Saffirio ou encore Mauro Veglio. Mais d’autres moins connus méritent sans doute le détour : Cascina Chicco, Cascina Pressenda, Aldo e Ricardo Seghesio, Tenuta Due Corti. Les meilleurs vins brillent par une nervosité, une finesse de texture et des notes balsamiques et de menthe typiques. A ce sujet, la beauté sauvage d’un Barolo 1990 de Josetta Saffirio rappellera au dégustateur le paysage dont le vin est issu.

  • 1ère classe - le secteur Bussia pour les crus Pugnane, Munie, Bussia Sottana, Dardi : de grande qualité également, mais légèrement moins parfaits dans les altitudes et les expositions que Bussia Soprana, Bricco Cicala, Romirasco, Colonello, Gabutti et Pianpolvere, les quatre terroirs dont il est question ici se situent en majorité au nord-ouest du finage (Dardi est toutefois un peu détaché des trois autres crus). De petite taille, Pugnane s’étage de 240 à 270 mètres, avec une exposition majoritaire à l’ouest et une petite partie tirant vers le sud. Le cru est revendiqué seulement par deux domaines, Giancarlo Boasso et la bien nommée Cascina Pugnane. Bien plus vaste, Munie s’étale de 250 à 300 mètres, avec des expositions qui varient de sud à ouest pour la partie voisine des Poderi Aldo Conterno, et plutôt sud-ouest sur tout le reste. Le nom Munie se réfère aux moines qui jadis occupèrent les lieux connus alors sous les noms de Lanza ou Bofani. Batasiolo est de loin le plus gros propriétaire ici et revendique d’ailleurs un Barolo Bofani. On trouve également Franco Conterno et enfin Cascina Ballarin, qui produisent un Barolo issu à 100% du cru. D’autres propriétaires (Conterno Fantino, Giacomo Fenocchio, Livia Fontana, Monti, Parusso et la cave coopérative bien sûr, Terre del Barolo) possèdent également ici de la vigne mais l’assemblent avec d’autres parcelles afin de produire soit un « simple » Barolo, soit un Barolo « Bussia » sans précision supplémentaire. Bussia Sottana, quant à lui, s’étale de 250 à 330 mètres, avec une exposition ouest à sud pour le coteau proche du hameau éponyme et est pour le reste. On peut encore découper le cru en deux parties, évidentes en regardant une carte. La meilleure des deux, la mieux exposée donc, est entièrement plantée en nebbiolo ; tandis que dans la seconde, le meilleur secteur fait face au domaine de Franco Conterno. C’est d’ici que proviennent les raisins du domaine Monti, seul à revendiquer un Barolo Bussia avec des vignes sises intégralement sur le cru. Jadis, le domaine Parusso revendiquait lui aussi un Barolo 100% Bussia Sottana, sous le nom de sa vigne Fiurin : la pratique a duré de 1991 à 2001, puis il a réassemblé cette vigne avec celles qu’il possède également en Munie et Rocche dell Bussia. D’autres domaines possèdent également de la vigne ici mais l’assemblent à d’autres vignes du secteur Bussia pour produire un Barolo éponyme : Batasiolo, Giacomo Fenocchio, Conterno Fantino. Enfin, le trop méconnu mais magnifique Dardi s’étale de 270 à 360 mètres, avec des expositions qui varient de sud à nord-ouest. Même s’il est intégré cadastralement parlant au Bussia, il possède, à l’instar du Pianpolvere qu’il prolonge, une identité forte et propre qui le fait ressortir des autres climats. Dans tous les cas, les vins de Dardi sont réputés sérieux et tanniques, droits, avec des tanins parfois fermes et rugueux, tandis que ceux de Mondoca seraient plus amples et élégants. Quatre bons voire grands producteurs revendiquent le cru : il s’agit d’Alessandro et Gian Natale Fantino avec leur Vigna dei Dardi en version classique et Riserva ; la méconnue cave d’Angelo Germano avec son Mont d’Oca Dardi, également propriétaire d’un superbe Agriturismo en plein cœur de Barolo d’ailleurs ; le traditionnaliste Oddero avec son Bussia Soprana Vigna Mondoca ; et enfin les Poderi Colla avec un Dardi le Rose Bussia.

  • 1ère classe - Gavarini (un producteur emblématique du cru : Elio Grasso) : inclus dans le secteur Ginestra, Gavarini est un cru de petite taille mais de grande qualité, qui encercle pratiquement le domaine Elio Grasso, s’étalant de 350 à 430 mètres d’altitude, avec une exposition sud-est dans la partie la plus élevée, au dessus du chemin (qui correspond au Barolo Gavarini Chiniera de ce producteur), et est/sud-est pour la partie située sous le domaine (et qui correspond au Barolo Rüncot). Dans sa majorité, le cru forme une sorte d’amphithéâtre inversé assez spectaculaire et bien connu, popularisé notamment grâce au livre culte Atlante delle vigne di Langa car ce dernier est représenté en couverture. La partie supérieure (Gavarini Chiniera) semble, de par la nature des sols à cet endroit (calcaire et couches de sables en millefeuille prédominants) et la relative fraîcheur de la forêt proche, donner des vins plus frais, nerveux, tendus, alors que la partie inférieure, sous le domaine, paraît privilégier le côté solaire, puissant, avec des tanins plus enrobés mais aidés, il est vrai, par la barrique. Deux esthétiques de vin donc, pour un quasi même lieu-dit. A noter que la partie la plus haute et reculée du cru est plantée en barbera, car le nebbiolo peinerait ici à mûrir convenablement et surtout régulièrement ! A titre personnel, nous préférons les Gavarini Chiniera d’années chaudes et les Rüncot d’années fraîches, les vins paraissant plus harmonieux.
Les autres crus :
  • Bricco San Pietro, le secteur Bussia pour les sous-lieux-dits Arnulfo, Visette et Fantini ; Castelletto et Pressenda ; Cerretta, Ceretta ou Srea ; Conterni ; Corsini et Sciaré ; Dita ; Grassi ; La Villa ; Le Coste di Monforte ; Manzoni ; Mosconi ; Ravera di Monforte ; San Giovanni ; San Pietro
 
Domaines recommandés :
  • SI : Elio Grasso : (cliquer pour accéder au compte-rendu de visite)

  • SI : Aldo Conterno : les ancêtres d’Aldo Conterno émigrèrent en Argentine au XIXème siècle avant de revenir plus tard en Italie. C’est à ce moment que Giovanni Conterno retourne avec sa famille à Monforte d'Alba, rejoignant la petite cave de son père Giuseppe, afin de l'aider dans la production de vin local. Ce retour permet d’augmenter la production de vin vendu en fûts non seulement en Italie, mais aussi en Amérique, grâce à un parent qui résidait encore en Argentine. C’est à cette époque aussi que la famille ressent la nécessité de créer, grâce à la demande du marché, un grand vin produit uniquement dans les meilleures années, avec de longues fermentations et capable de vieillir très longtemps. En 1920, il commence alors à embouteiller les premières Riserva qui ne sont rien d’autres que des Monfortino issus d’achats de raisins. A la fin des années 30, Giovanni transmet les rênes du domaine à son fils Giacomo qui perpétue la tradition initiée par son père avec beaucoup de sérieux, continuant à visiter personnellement ses clients et renforçant, grâce au prestige de son vin, sa marque à travers le pays. C’est dans ces années que ses fils Giovanni et Aldo commencent à le soutenir et le suivre dans la conduite de l'activité. Au milieu des années 50, Aldo décide de partir pour l'Amérique avec le rêve de créer un domaine viticole avec l'aide de son oncle qui vivait déjà en Californie. Le temps passé aux États-Unis est une expérience constructive et inoubliable pour lui. Lorsque, en 1961, Giacomo transmet la société à ses fils, la cave est désormais mondialement connue. Mais dans le cœur d’Aldo, les cinq dernières années passées aux États-Unis lui ont donné envie de créer sa propre entreprise. C’est ainsi qu’après une longue période de travail aux côtés de son frère, il décide de poursuivre ce rêve et fonde les Poderi Aldo Conterno en 1969. Il se distinguera rapidement par un style de vin plus empreint de modernité que celui initié par son père et ne tardera pas à faire parler de lui, devenant même une légende vivante au cœur des années 70, 80 et 90, grâce notamment à quelques très grands millésimes tels 1971, 1978, 1982 et 1990 devenus cultes aujourd’hui. Aldo s’en est allé en 2012 à l’âge de 81 ans, après une carrière et vie plus que bien remplie. Aujourd'hui, l'entreprise est dirigée par ses trois fils Franco, Stefano et Giacomo. Le domaine est situé à Monforte d'Alba, en plein cœur des meilleurs terroirs du Bussia historique, et produit du vin exclusivement issu de ses propres raisins sur environ 25 hectares de vignes. Les noms des crus (Romirasco, Cicala et Colonnello) ont de quoi donner le tournis. En Bourgogne, à titre comparatif, on pourrait faire un parallèle avec le Domaine du Comte de Vogüé et son patrimoine exceptionnel en Amoureuses, Bonnes Mares et surtout Musigny ! La gamme du domaine est assez surprenante car elle navigue entre modernité totale et hyper-tradition. On y trouve en effet un chardonnay vinifié et élevé à la bourguignonne (souvent un peu trop riche et boisé pour notre goût), une Barbera Conca Tre Pile (chère mais parfois de haut niveau, quand elle n’est pas trop mûre et surtout grillée), un simple Langhe (assemblage improbable de freisa, cabernet sauvignon, merlot) que nous trouvons pour notre goût un peu impersonnel, un Langhe Nebbiolo Il Favot (vinifié en macération courte et élevé en barriques). Et enfin et surtout, cinq Barolo, tous macérés longuement dans l’inox puis élevés en grands foudres de Slavonia plus ou moins longuement : un simple Bussia (issu des trois origines du domaine, avec des vignes d’au moins vingt ans) ; un Bussia Romirasco (vigne de 50-55 ans) ; un Bussia Cicala (vigne de 40-45 ans) ; un Bussia Colonello (vigne de 40-45 ans) ; et enfin la Riserva GranBussia (assemblant les plus vieilles vignes des trois sous-crus - même si le Romirasco, du fait de sa surface, domine les débats avec près de 70% du total -, macérée durant près de deux mois, puis élevée 32 mois et enfin gardée huit années en bouteilles avant commercialisation). En dehors de la Barbera, les Barolo sont évidemment les vins les plus intéressants du domaine, mais les prix ne sont pas tendres et c’est un doux euphémisme !
  • SI : Giovanni Manzone : ce discret mais très attachant domaine familial voit le jour en 1925, quand Giovanni Manzone (l’aïeul) achète le Ciabot del Preve (presbytère du hameau de Castelletto). La totalité de la production actuelle est axée sur la qualité avec une production annuelle moyenne de 50’000 bouteilles. Les vignobles du domaine se caractérisent par une altitude moyenne élevée (450 mètres) et leur extrême raideur (les pentes sont souvent effrayantes dans les secteurs de Castelletto et Gramolere). En 1965, Giovanni et Stefano Manzone mettent leurs premiers vins en bouteilles, ils ont acheté des vignobles importants sur la colline historique de Gramolere. En 2005, le jeune Mauro Manzone rejoint son père Giovanni dans la gestion de la cave, il est diplômé de l’école d'œnologie d'Alba. Au domaine, les principes de l'agriculture biologique sont suivis : aucun insecticide ou engrais n’ont par exemple jamais été utilisés ; de même, un gazon naturel est laissé entre les rangs de vignes, entretenu par tonte et une fois coupé, laissé sur le sol pour former de l'humus. En cave, on est complètement face à ce que nous nommons le style « intermédiaire », à savoir une approche de synthèse entre tradition et modernité, avec des macérations raisonnablement longues (environ 15 jours pour les Barolo) à environ 30°, suivies d’élevages en foudres plus ou moins grands complétés éventuellement de demi-muids. La gamme de vins du domaine est large et commence par un blanc issu d’un cépage très intéressant en provenance des Cinque Terre, le rossese bianco, vinifié et élevé en demi-muids. Viennent ensuite deux Dolcetto de terroir, Ciliegie et La Serra ; une Barbera de fruit et une version Superiore plus riche et tannique, élevée en demi-muids ; un nebbiolo de jeunes vignes du Gramolere. Et enfin et surtout quatre Barolo de terroirs : Castelletto (tout en fruit et gourmandise), Gramolere (plus épicé, fumé, confit mais élégant), Bricat (goudronné, tirant sur les fruits noirs, puissant, enrobé) et enfin la Riserva (issue de Gramolere, et qui, lorsqu’elle n’est pas trop marquée par une acidité volatile sensible, est un vin de grand caractère et de grande vigueur). De notre avis, le domaine pourrait encore gagner en précision et régularité mais quand les vins sont réussis et pas trop acescents, ils ont beaucoup de personnalité et expriment avec brio des terroirs impressionnants et attachants.

  • SI : Flavio Roddolo : Flavio Roddolo nous fait furieusement penser, dans sa démarche viti-vinicole, à Francesco Leanza des Podere Salicutti, à Montalcino. Un vigneron à part, loin des modes et des autres, libre, qui suit sa voie en dehors des querelles modernistes-traditionnels. Il ne se refuse par exemple pas à utiliser des fûts - jamais neuf néanmoins, les plus récents ayant au moins vu dix vendanges - si cela lui permet d’élever les vins tels qu’il les a imaginés. L’homme est un taiseux qui n’a rien à envier dans son économie de parole aux plus bourru et mutique des vignerons bourguignons. Mais comme souvent chez les grands, ses vins parlent pour lui. Situé à quelques encablures de Dogliani, il aime et réussit le Dolcetto comme peu, avec une cuvée de fruit et une autre étiquetée Dolcetto D'Alba Superiore qui est un must absolu du cépage, à l’image du Coste e Fossati d’Aldo Vajra. Un vin qui vieillit par ailleurs admirablement bien. Le maître produit également une Barbera d'Alba Superiore, mais on craque surtout pour son Nebbiolo d'Alba, élevé beaucoup plus longuement que la moyenne de l’appellation, sous bois et en bouteilles : un vin impeccablement dense mais surtout très fin, ample, avec juste ce qu’il faut de puissance. Au sommet de la gamme du domaine trône bien évidemment son Barolo Ravera, parangon d’élégance, profond mais dépourvu de toute dureté et brutalité et qui vieillit extrêmement bien. Enfin, initialement destiné à compléter un assemblage avec du nebbiolo, un pur cabernet sauvignon est aussi produit à partir de vignes plantées en 1992, le Bricco Appiani (F. Leanza produit également un cabernet magnifique, le Dopoteatro). Bâti pour la longue garde, il étonnera les réticents aux cépages bordelais en terre piémontaise. On comprend donc bien que l’on a ici affaire à un vigneron et des vins singuliers, qu’il faut absolument découvrir !

  • SI : Ferdinando Principiano : même si la famille Principiano se consacre à la viticulture depuis le début du XXème siècle et si le domaine fut créé dans les années 50 par le père, Americo, c’est par le biais de la dernière génération et le jeune Ferdinando (arrivé en 1993) que ce domaine a vu sa cote décoller. A notre sens, il est peut-être encore un peu surévalué par les journalistes en mal de « nouveauté » et désireux de se démarquer de leurs confrères, mais nous devons avouer que ce vigneron a du talent et ne rate plus grand chose. Il faut dire que son engagement est total et se ressent dans les vins. Depuis 2004, sa démarche rappelle un peu celle du jeune Luca Roagna, avec peut-être un peu moins de dogmatisme : biodynamie, rendements bas voire très bas, fermentations spontanées et sans contrôle des températures, vinifications sans soufre, remontages manuels. Le résultat ? Quand tout va bien, des vins riches mais spontanés, savoureux, pleins, capables de plaire à un grand nombre de dégustateurs. La gamme se compose comme suit : une bulle rosée de Barbera (Belen) ; un Dolcetto de soif, peu riche en alcool et vinifié sans soufre (Dosset) ; un Dolcetto St. Anna plus riche, issu de vignes de 40 ans sises sur deux terroirs de Monforte ; une Barbera Laura qui suit la même logique ; une Freisa Chila de soif, issue d’un terroir haut en altitude (500 mètres !) ; un Langhe Nebbiolo Coste issu de vignes de 40 ans sises sur le terroir éponyme, vinifié et élevé en cuve pour conserver un maximum de fruit ; un riche Nebbiolo d’Alba Montagliato, issu d’un secteur méconnu et élevé 18 mois en foudres ; une Barbera La Romualda, issue d’un petit lopin de vieilles vignes poussées en maturité puis macérées un à deux mois sans soufre, avant un élevage en demi-muids. Et enfin les trois Barolo maison : la cuvée de « village » Serralunga, issue de jeunes vignes du secteur Boscareto, élevée en grands foudres et qui se présente comme le Barolo le plus accessible, immédiat et largement produit du domaine ; l’élégant et sexy cru Ravera, sis sur Monforte (qui est la continuité de celui de Novello), provenant d’une sélection de clones Michet sur des vignes de 50 ans, élevé en demi-muids de 400 litres ; et enfin la cuvée Boscareto, issue du terroir éponyme et de vignes de 40 ans, vinifiée sans égrappage (comme chez Burlotto pour le Monvigliero !) et pigée aux pieds, avec des macérations qui durent 40 à 90 jours, avant un élevage en grands foudres de 30 hectolitres : c’est assurément le plus grand vin du domaine, le plus artisanal et celui qui va le plus loin dans la démarche de haute qualité. Signalons également que lorsque le millésime le permet, sur la commune de Santo Stefano Belbo, un anecdotique mais intéressant passito di Moscato est également produit, la cuvée Leo, à partir de raisins mis en chambre de passerillage à la fin de l’été, puis fermentés sans soufre avant un élevage de trois ans en fûts ouillés. On comprend bien ici que ce vigneron s’inscrit dans une approche plus contemporaine que moderne, avec une volonté de produire des vins dans l’air du temps, décontractés mais artisanaux et respectueux de leurs cépages et terroirs. Des vins non dénués de spontanéité mais ne pêchant pas par manque de densité ou de soin dans l’élaboration. Une adresse à suivre, qui pourrait symboliser dans les années à venir une forme de renouveau de la production langhese, ce n’est pas rien.
Domaines à suivre :

8. Commune de Serralunga d’Alba
 
Le château, de forme saillante mais massive à la base, surplombe le village de Serralunga qui s’étale à ses pieds en un réseau de rues formant des cercles concentriques. Le lieu est très ancien et remonterait au XIème siècle après J-C., quand sur cette colline fut construite la fameuse tour carrée, symbole de défense et de possession. Elle est démolie en 1340, au moment de la succession et reprise par les Falletti, importante famille noble des Langhe à l’origine du vin de Barolo, faut-il le rappeler. Pietrino Falletti commence alors immédiatement la construction de la forteresse, achevée plus tard par son fils Gioffredo II. Depuis l'époque de sa construction, très peu de modifications ont été apportées et le château n’a heureusement pas subi de grands faits d'armes. Il a néanmoins été restauré en 1950 à la demande du Président Luigi Einaudi. On notera également la présence dans le village de l'église paroissiale de San Sebastiano, construite entre 1886 et 1888 sur le site de l'ancienne église San Benigno, en dehors des murs du village. La décoration picturale de l'intérieur est due presque entièrement au peintre albese Fedele Finati. Pour en venir aux vins du village, louons d’abord le découpage fin et précis qui a été opéré ici (ce qui est tout l’inverse de Monforte d’Alba !), mettant en avant une collection unique de grands terroirs. En effet, le nombre de grands crus est ici impressionnant et fait de la commune la mieux garnie de l’appellation Barolo. Par ailleurs, elle a la chance d’être mise en valeur par un nombre tout aussi impressionnant de grands vignerons, comme nous le verrons un peu plus loin, avec également quelques célèbres monopoles ou quasi-monopoles (voir les terroirs de Francia et Giacomo Conterno, Falletto et Bruno Giacosa, Marenca et Pira Luigi, Arione et Gigi Rosso et enfin Brea et la famille Brovia). Pour toutes ces raisons, Serralunga est incontournable et fait penser, de par son prestige et sa nature propre, à Vosne-Romanée (Bourgogne), même si la personnalité et l’expression des vins de la commune rappelle plutôt Gevrey-Chambertin. On est ici au cœur des formations du Langhien (ou Elveziano), avec des sols riches en argile et grès qui, au delà de la position méridionale de ces formations par rapport à la carte du Barolo, et des altitudes élevées qui favorisent des peaux épaisses, semblent privilégier des vins sérieux, séveux, tanniques, droits et corsés, bâtis avant tout pour la garde et capables au vieillissement d’offrir une véritable finesse et surtout beaucoup de personnalité.
 
Les crus les plus remarquables :
  • Hors-classe - Vigna Rionda (un producteur emblématique du cru : Massolino) : Vigna Rionda est « le » grand cru de la commune par excellence et tout simplement un des plus prestigieux du Barolo. Raisonnable en surface (à peine 10 hectares), il s’étend de 260 à 360 mètres d’altitude, avec une exposition majoritaire sud à sud-ouest, tirant carrément à l’ouest pour la partie qui regarde Monforte. Il est aujourd’hui mis en valeur par nombre de vignerons de qualité. Si la famille Massolino reste la référence et ce depuis vingt ans, on ne négligera pas les vins d’Oddero et Luigi Oddero e Figli (le domaine initial a été divisé), mais également ceux de Pira Luigi (qui ne sont pas issus de la meilleur partie du cru, mais les vignes sont travaillées avec soin et le résultat est plus que probant ces dernières années). On connaît enfin moins ceux de Giacomo Anselma, et pourtant son Vigna Rionda peut parfois être une bouteille tout à fait étonnante. Il faut aussi dire un mot sur une vigne mythique sise à l’intérieur du cru, celle d’Aldo Canale, transmise à son fils unique Tommaso, et qui occupe près de 2.2 hectares. Il s'agit de la parcelle qui a produit les raisins vinifiés par Bruno Giacosa pour son mythique Collina Rionda et qui, en son temps, devint un vin culte, aidant considérablement à faire connaître le cru. Le dernier millésime mis en bouteille fut 1993. Par la suite, ce sont les Roagna qui ont produit du Barolo via cette même parcelle et ce jusqu’au millésime 2006. On notera que les vignes historiques avaient été plantées dès 1946. Mais en décembre 2010, Tommaso Canale décède subitement, ne laissant ni descendant ni dernières volontés. Sa parcelle de Vigna Rionda est ensuite divisée entre trois parents éloignés : Guido Porro et Sergio Germano ont reçu chacun un peu moins d'un demi-hectare, et le reste, un peu plus d'un hectare, est allé à Davide Rosso (domaine Giovanni Rosso). La majeure partie de la vigne initiale a donc été arrachée en 2012, elle est en cours de replantation : les anciens plants de nebbiolo étaient vieux, parfois malades, souvent complantés de dolcetto et barbera, et leur mode de taille et duplication (marcottage) très éloigné des canons modernes. Il subsiste néanmoins une petite partie de vieilles vignes sauvegardée par Davide Rosso. Un illustre domaine Regis, de La Morra, exploite aussi des vignes sur le cru, même s’il n’est pas connu et que ses collègues, même les plus respectueux, ont de la peine à en dire du bien ; mais nous n’avons jamais goûté ses vins. Dans tous les cas, décrire la personnalité des vins du cru est difficile, en ce sens que le terroir possède ici une personnalité forte (moelleux, opulence, masculinité, nervosité) et qui simultanément semble très sensible à la personnalité et au style du vinificateur. On laissera donc le lecteur se faire son opinion !
  • Hors-classe - Francia (un producteur emblématique du cru : Giacomo Conterno) : en quelques mots, Francia est le cru d’un seul domaine, mythique s’il en est, celui de Giacomo Conterno, qui le revendique en version classique - Cascina Francia - et en version Riserva, avec le cultissime Monfortino. Ce dernier est issu de cet unique cru mais depuis 1978 « seulement ». Francia représente un peu moins de 16 hectares, avec une exposition particulièrement chaude, variant d’ouest à sud-ouest, ainsi qu’une petite partie est-sud-est. L’altitude varie de 340 à 445 mètres et le nebbiolo y domine largement, même si quelques rangs sont plantés de barbera et donnent la cuvée éponyme. Il est difficile de tirer un portrait robot du Barolo ici produit car nous trouvons en général de fortes différences entre le Cascina Francia et le Monfortino, sans doute dues avant tout, du moins avant dix ans de bouteille, à la sélection des raisins couplée au mode d’élevage choisi. Le premier (C.F.) peut en effet être un vin imposant par sa verticalité et réserve de puissance, qui le destinent à une garde minimale de dix ans avant d’être approché et apprécié au mieux. Le second (M.), plus moelleux, ample et fin dans le grain, brille par sa force tranquille, sa largeur et masculinité presque rassurante, mais il possède la profondeur des très grands coureurs de fonds (il est sans doute le vin de la région qui vieillit le mieux et le plus longtemps, d’ailleurs). Deux esthétiques de vin donc, voulues par le vinificateur, et dans la jeunesse sans doute plus importantes et perceptibles que l’expression pure du terroir. Ce qui n’est pas pour nous déplaire, loin s’en faut !

  • Hors-classe - Falletto (un producteur emblématique du cru : Bruno Giacosa) : à l’instar de Francia systématiquement associé la famille Conterno, Falletto est indissociable de Bruno Giacosa et de la bien nommée Azienda Agricola Falletto qu’il a rachetée en 1982. Ici le terroir d’un peu moins de 16 hectares s’étale de 320 à 440 mètres et s’expose d’ouest à sud-ouest. Le terrain, relativement calcaire et pentu, privilégie, malgré la position sudiste du cru, la fraîcheur et surtout l’extrême raffinement du tanin, avec en grand millésime des nuances florales et surtout de rose pour ainsi dire uniques dans le monde des grands Barolo méridionaux, car on est plus habitué à ce genre de parfums sur la Morra, Barolo ou Verduno ! Mais sans doute que le style et la précision du vigneron comptent pour beaucoup, voire plus que le terroir en vin jeune, comme chez Conterno.

  • Hors-classe - Lazzarito (un producteur emblématique du cru : Guido Porro) : situé en plein cœur du finage de Serralunga et occupant un peu moins de 30 hectares, Lazzarito est un grand terroir dans toutes les acceptations du terme. Grand par la taille donc, et grand par la qualité et l’homogénéité également, avec une exposition majoritaire qui oblique de sud à ouest-nord-ouest, même si une toute petite partie regarde le nord et l’est. L’altitude du cru est comprise entre 260 et 390 mètres pour la partie la plus élevée. Le nebbiolo, du fait de la grande qualité du terroir, domine largement l’encépagement, même si on trouve aussi plus classiquement barbera, dolcetto et d’autres cépages blancs et rouges. Le cru a la chance de compter de bons voire excellents producteurs : Casa E. di Mirafiore (donc la même propriété que Fontanafredda), Ettore Germano (qui l’élève systématiquement en Riserva), le discret mais appliqué Guido Porro, le méconnu Alessandro Rivetto et enfin, peut-être celui que nous préférons sur ce terroir, Vietti, qui pour une fois a la bonne idée de peu boiser ce Barolo. Qu’est-ce alors qu’un grand Lazzarito ? Et bien nous devons confesser que si nous goûtions les vins de ce terroir à l’aveugle, nous les verrions sans doute davantage plus sur Castiglione que Serralunga, en raison de leur alliance de finesse et nervosité. Il faut souligner leur fraîcheur prédominante, avec régulièrement des arômes mentholés, de fruits rouges et même des notes balsamiques et réglissées. Le vin de Sergio Germano est avec celui de Vietti le plus structuré et profond, même si l’élevage long amadoue relativement bien les tanins serrés du cru, mais peut aussi parfois fatiguer le vin ou le marquer d’un peu trop d’acidité volatile. Celui de Vietti nous semble souvent légèrement supérieur en terme de pureté et précision, et affiche un caractère bien trempé qui en fait un grand vin de garde, inoxydable mais capable de prendre au vieillissement une finesse sensationnelle pour un vin de Serralunga. Enfin, un mot sur les vins de Guido Porro (Lazzairasco et Vigna S. Caterina), qui tous deux sont capables d’une élégance et subtilité encore plus grande, mais se veulent également moins corsés. Il faut néanmoins goûter absolument avant d’acheter car il arrive que certains millésimes soient un peu « animaux », la faute peut-être aux vieux foudres. Mais quand c’est bon c’est très bon, et à des prix défiants toute concurrence !
  • 1ère classe - Gabutti (un producteur emblématique du cru : Cappellano) : étonnant cru formant un coude, Gabutti, occupe près de 14.24 hectares, avec une altitude variant de 240 à 350 mètres. La première partie regarde l’ouest et le sud-est et passe à une exposition plein sud, avec à l’intérieur de ce « bras » de terroir un léger amphithéâtre. Le nebbiolo domine bien évidemment les débats. Peu de producteurs sont présents ici mais ils se signalent par leur grande qualité : on trouve d’abord Giovanni Sordo, qui revendique le cru sous le nom de Sorì Gabutti (et parfois en Riserva) ; mais aussi Franco Boasso, dont le domaine est situé à l’entrée du village et qui porte le nom du cru. Enfin, last but not least, c’est bien évidemment « le » terroir de la famille Cappellano, qui produit deux Barolo traditionnels de légende : Otin Fiorin Piè Rupestris, en version vignes greffées, régulièrement réglissé et mentholé, sérieux mais pas dur, élégant ; et Otin Fiorin Piè Franco, en version vignes franches de pieds, qui est un des Barolo les plus fins et aériens qui soit, avec des notes de fleurs séchées envoûtantes et mémorables.

  • 1ère classe - Margheria : voilà un terroir que nous aimons beaucoup, et qui fait souvent mentir la réputation de vins durs et très corsés du village. En effet, les grands Margheria se signalent par une élégance de texture et un raffinement aromatique rare, et cela sans une once de brutalité ou rusticité lorsque le raisin est cueilli à maturité convenable et vinifié avec la douceur qu’il requière. Le cru ne compte que 8.1 hectares et s’étage de 240 à 335 mètres environ. Son exposition, très simple, varie d’ouest à sud, et va chercher les meilleures maturités possibles pour le nebbiolo. Le cru a la chance d’être mis en valeur par quatre très bons vignerons : Azelia, le plus moderne de tous, mais qui vinifie ici un Barolo de grande finesse, sans excès de bois, à la trame très élégante ; Franco Boasso, qui propose une version plus musclée et costaude, parfois assez boisée et qui a besoin de temps pour s’affiner ; également un de nos chouchous, Pira Luigi, qui propose via une vieille vigne plantée en 1959 peut-être le Margheria le plus profond qui soit, mais sans tanins disgracieux, avec un gain de finesse appréciable dans les derniers millésimes ; et enfin, le plus classieux de tous, notre référence, le Margheria de la famille Massolino, un vin aussi profond que subtil, de grande ampleur mais sans poids inutile, et d’une régularité impressionnante.
  • 1ère classe - Parafada (un producteur emblématique du cru : Massolino) : terroir de haute qualité « coincé » entre Lazzarito et Gabutti, le discret Parafada mérite néanmoins largement l’intérêt de l’amateur puisqu’il permet de produire des Barolo de premier ordre, pouvant vieillir avec grâce de très nombreuses années. A peine tardif dans ses maturités, le cru n’atteint pas tout à fait les 8 hectares et s’étale de 260 à 370 mètres, avec une exposition en petit amphithéâtre naturel qui varie de sud-est à sud-ouest. Comme pour le proche Gabutti, seulement trois producteurs mettent ici en valeur le cru : le discret mais très intéressant et appliqué Palladino, une propriété à suivre de près ; les méconnus Poderi Sorì, qui le vinifient de façon traditionnelle ; et enfin la référence, Massolino, qui exploite ici une vieille vigne de 55 ans, et produit un vin profond, corsé, longtemps élevé en petits contenants afin de tenter d’amadouer ses tanins fermes mais qui, depuis 2007, est à nouveau affiné en grands foudres.

  • 1ère classe - Prapò (un producteur emblématique du cru : Schiavenza) : grand et rare terroir situé à l’est de la route qui monte au village, à l’instar de Cerretta et Brea, Prapò occupe 8.33 hectares avec une altitude comprise entre 270 et 380 mètres et une exposition privilégiée qui varie de sud à sud-est. Le nebbiolo y règne en quasi maître et quatre domaines mettent en avant le cru via la DOC Barolo : la grande maison Cerretto, le traditionnel Schiavenza en version classique et Riserva, Mauro Sebaste, et enfin Sergio Germano (Germano Ettore), qui produit peut-être le vin le plus dense et mémorable, d’une plénitude de fruit et réserve de puissance remarquable.

  • 1ère classe - Cerretta : vaste cru (un peu moins de 40 hectares) en forme d’îlot, possédant une exposition nord-ouest dans la partie regardant Fontanafredda (la moins intéressante), à l’opposé une partie regardant l’est et le sud (de loin la meilleure), enfin un axe ouest nord-ouest, plus tardif, qui regarde Baudana. Le nebbiolo domine bien sûr, mais il est complété par de nombreux autres cépages. De nombreux producteurs exploitent le cru : Luigi Baudana, qui depuis la reprise par les Vajra passe d’un style moderne à plus classique, Giacomo Conterno (reprise récente pour des vins puissants et évidemment très traditionnels dans l’inspiration), Germano Ettore, Giovanni Rosso (cuvée méconnue mais de grande finesse, à découvrir), Schiavenza (style traditionnel là encore), Elio Altare (la vigna Bricco, depuis 2005, avec de la barrique et une approche moderne), Mauro Sebaste, et enfin Ca Romè, avec deux vins produits sur le même terroir, Rapet et Vigna Cerretta (plantée en 1961). Les meilleures bouteilles brillent par leur opulence et fruité épicé généreux, ce qui n’altère pas leur important potentiel de garde.

  • 1ère classe - Marenca (le producteur emblématique du cru : Luigi Pira) : le discret Marenca possède une exposition classique des grands terroirs du Barolo obliquant de sud à ouest, qui le prédestine d’ailleurs merveilleusement au nebbiolo, le seul cépage cultivé ici (chose rare), à une altitude variant de 275 à 355 mètres. Un seul producteur embouteille le cru sous son nom, Luigi Pira. Angelo Gaja en possède également une large part mais l’assemble au cru mitoyen Rivette dans sa bien connue cuvée Sperss. Pour en revenir à Pira, sur les 7.46 hectares du cru, le domaine possède environ 2 hectares. Dans les derniers millésimes, il brille ici par une explosivité, un éclat aromatique et une finesse de texture qui camouflent à merveille la nervosité et rectitude d’expression du terroir. Ce cru, que l’on connaît mal, mérite la découverte mais aussi largement son classement car les vins peuvent y être éblouissants et ce dès la jeunesse, chose rare sur la commune. A redécouvrir donc.

  • 1ère classe - Rivette : comme précisé ci-dessus, Rivette complète l’assemblage du Barolo-Langhe Sperss de la famille Gaja avec le cru Marenca, mais il est surtout usité par le même domaine pour produire une bonne partie des chardonnay qui font le Gaia & Rey (l’autre partie vient de Treiso, vignoble de Barbaresco). A partir de ce constat, difficile de dresser un portrait robot du vin qui en est issu. Précisons tout de même qu’il se situe dans le prolongement exact de Marenca, avec une surface de 8.42 hectares. La vigne s’y étage de 320 à 390 mètres et le cru varie d’une exposition ouest à sud-ouest, donc soumise au soleil de l’après midi, de loin le plus chaud.
  • 1ère classe - Arione (un producteur emblématique du cru : Gigi Rosso) : terroir de petite taille (5.72 hectares) mais de grande qualité, ce cru situé dans le prolongement de Francia est positionné à l’extrême sud du vignoble de Barolo, avec une élévation non négligeable (340 à 430 mètres !) et une exposition variant de sud à sud-ouest. Arione est exploité aujourd’hui par deux domaines : Enzo Boglietti, qui propose une approche entre modernité et tradition ; et Gigi Rosso, domaine emblématique du cru et du Barolo méridional, qui propose deux versions : une classique, qui porte le nom du cru avec des macérations d’environ trois semaines et un élevage en foudres de trois ans ; et une Riserva Arione dell’Ulivo (un olivier centenaire qui a échappé aux gels historiques trône au cœur du cru), élevée quatre ans en foudres de Slavonia et donnant un vin épicé, balsamique, qui lorsqu’il n’est pas fatigué par l’élevage, donne un Barolo de grand caractère et surtout de grande longévité. Nous ajoutons enfin cette information de dernière minute : le domaine Giacomo Conterno vient de racheter la vigne d’Arione de Gigi Rosso, ce qui va donner à Roberto Conterno encore plus de latitude dans ses choix de raisins en vue d’élaborer de grands Barolo. Nous verrons bien s’il en fait une sélection parcellaire ou une Riserva d’assemblage.

  • 1ère classe - Brea (le producteur emblématique du cru : Brovia) : Brea est le cru d’un seul domaine, Brovia, que l’on nomme ici Ca’Mia, comme on peut le lire sur l’étiquette du domaine. Flirtant avec les 11 hectares, Brea s’étend de 300 à 370 mètres, à l’est de la nationale qui monte au village donc, avec une exposition plutôt tardive qui varie de sud-sud-est pour la meilleure partie, à est pour la partie la plus fraîche. Dans son expression, le cru nous rappelle souvent des Chambertin, avec ce côté épicé, floral (rose séchée d’anthologie), strict, loin du fruit, rappelant le havane et surtout possédant des tanins qui nécessitent souvent sept à dix ans afin de prendre un satiné et une docilité que l’on ne peut trouver en jeunesse, mais qui ensuite donnent le frisson. Car avec le temps, quel bouquet et quelle race !
Les autres crus :
  • Badarina ; Baudana ; Boscareto ; Bricco Voghera ; Briccolina ; Broglio ; Cappallotto ; Carpegna ; Cerrati ; Collaretto ; Colombaro ; Costabella ; Damiano ; Fontanafredda (un producteur emblématique du cru : Fontanafredda) ; Gianetto ; Le Turne ; Lirano ; Manocino ; Meriame ; Ornato ; Prabon ; San Bernardo ; San Rocco ; Serra ; Sorrano ; Teodoro
 
Domaines recommandés :
  • SC : Bruno Giacosa : (cliquer pour accéder au compte-rendu de visite)
  • SC : Massolino : (cliquer pour accéder au compte-rendu de visite)
  • SC : Giacomo Conterno : Conterno rime avec Monfortino. Et nous savons tous que ce vin est un peu au Piémont ce que la Romanée-Conti est à la Bourgogne. Pourtant, on connait finalement peu de choses sur lui et ses géniteurs, car cette branche de la famille Conterno (voir le texte sur Aldo Conterno) a toujours vécu et travaillé dans la discrétion. Au départ était Giacomo Conterno, père de Giovanni Conterno, lui-même père de Roberto Conterno, qui préside aux destinées actuelles du domaine. On notera que de 1920 à 1974, Giacomo - puis son fils Giovanni - produisent non seulement du Monfortino, mais aussi du Barolo sans nom de lieu-dit et du Barolo Riserva. Pendant les années 40, 50 et 60, les Conterno produisent leurs Barolo en s’appuyant sur de petits viticulteurs indépendants qui travaillent leurs vieilles vignes à faible rendements et leur vendent donc des raisins. Mais dans les années 70, ces derniers commencent à embouteiller leurs propres vins. Menacé par la perte de ses sources de raisins, Giovanni acquière alors le grand terroir de Cascina Francia, à Serralunga. Avec son exposition fabuleuse et son sol essentiellement calcaire, le site est parfait pour le style puissant et viril des Conterno. Et rapidement Cascina Francia devient leur seule et unique source. Depuis 1978 donc, les Barolo Monfortino et Cascina Francia proviennent exclusivement de ce cru. On est ici en plein cœur de la tradition viticole la plus sincère. Peu de choses sortent de l'ordinaire, mais de la vigne à la cave, tout est aujourd’hui réalisé avec un sens de l’exigence et de la justesse rare. Les vignes sont tenues avec grand soin et cultivées avec un palissage très haut, sans engrais ni herbicides. Les rendements sont drastiquement réduits et les vendanges se font à pleine maturité, y compris dans les millésimes réputés difficiles (2002). Les raisins sont cuvés en général très longuement, puis pressés et écoulés en grands foudres de chêne de Slavonia pour un élevage qui va durer de trois à plus de six années pour les nebbiolo, et beaucoup moins pour la Barbera d’Alba qui porte le nom du terroir également. On notera par ailleurs qu’en 2008, Roberto Conterno a eu l’opportunité d’acheter trois hectares de Ceretta, autre célèbre cru de Serralunga. À partir du millésime 2008, Roberto a produit donc un Nebbiolo d'Alba et une Barbera d'Alba sur ce cru. Mais à l'avenir, on peut imaginer qu’un Barolo verra également le jour, c’est l’objectif. Le style des vins du domaine est absolument rigoureux et puissant, quelle que soit la cuvée considérée : la Barbera Cascina Francia est pour nous le plus grand vin des Langhe issu de ce cépage, avec des tanins qui évoquent davantage Barolo - son potentiel de garde semblant très important ; le Barolo Cascina Francia peut parfois être assez retord jeune, avec une légère tendance à la réduction, mais sa trame ferme et son importante structure indiquent surtout qu’il est construit pour la longue garde - 2001 commence seulement à se desserrer et s’ouvrir ; enfin le Monfortino est un grand vin large et puissant, très long et surtout non dénué d’élégance, construit pour affronter les ans - un monstre, intemporel. On imagine bien que les prix du domaine ne sont pas tendres, mais on aura sans doute tendance à l’oublier si on a l’occasion de goûter un jour une grande bouteille à maturité, ou tout simplement une jeune grande Barbera !
  • SC : Cappellano : l'histoire de la cave commence avec le notaire Filippo Cappellano, riche propriétaire terrien. C’est lui qui fonde la société, unissant en propriété l’équivalent de 150 journaux piémontais (environ 60 hectares) de terres agricoles. A sa mort, son fils Giovanni, vigneron, reprend la gestion de l'entreprise, entamant la rénovation de la cave sise à Alba, ainsi que la construction de deux bâtiments hôteliers à Alba et Serralunga. En 1889, à l’occasion de l'Exposition universelle de Paris, la cave Cappellano remporte une médaille de Bronze. On pense qu’il était allé en France afin de conquérir le marché, les Français étant déjà affectés par le phylloxéra et s’ouvrant alors à la production de pays étrangers. Outre cette médaille, il remporte également de nombreux diplômes et autres récompenses. Son frère Giuseppe, diplômé en pharmacie, choisi lui la voix « pharmaceutico-viticole » et gagne une médaille d'or à l'exposition internationale en inventant, dit-on, le Barolo Chinato (Cf. paragraphe Barolo Chinato). Mais l'aventure pharmaceutique de Giuseppe ne dure pas longtemps : en 1912, son frère Giovanni meurt, frappé par une fièvre tropicale contractée en Tunisie (où il s’était rendu afin de trouver des solutions pour lutter contre le phylloxéra). Giuseppe décide alors de reprendre l'entreprise familiale. L'accord avec la maison Gancia di Canelli, qui lui avait confié la tâche de produire le vin sous la marque Mirafiori, fait de lui le plus gros acheteur de raisins de la région. Travail qu’il effectue non seulement pour Gancia, mais également pour d'autres célèbres caves du Piémont. Giuseppe meurt en 1955, laissant derrière lui un patrimoine important. A la fin des années 60, Teobaldo, qui est né et a grandi en Érythrée, arrive à Serralunga, reprend la marque Cappellano et décide de repartir de zéro. Excentrant le domaine (la cave actuelle est sise dans le bas de la commune, à deux pas de Fontanafredda, donc bien à l’écart du village), il reconstruit son image et la notoriété de celui-ci en choisissant une taille beaucoup plus petite et en se concentrant sur la haute qualité, mais aussi le Barolo Chinato. L’homme est réputé anarchiste, rêveur, têtu et anticonformiste. Un vrai personnage de roman, inclassable mais terriblement attachant, qui manque à tous ceux qui l’ont connu. Sa lutte ne concerne pas seulement sa cave mais s’élargit aussi à la région du Barolo : il s’engage activement au nom de sa commune au sein du consortium, mais également en tant que président de la région du Barolo, entre autres. Aujourd’hui c’est à Augusto, son fils représentant la cinquième génération de Cappellano, à trouver sa place après un papa au charisme extraordinaire, qui aura marqué de son empreinte une génération de barolistes. Pour les quatre hectares de vignes actuels principalement situés à Serralunga d'Alba et une petite partie à Novello, Augusto suit une méthodologie tout à fait naturelle. Sur Serralunga et notamment le cru Gabutti, le domaine cultive du nebbiolo (qui donne les deux Barolo du domaine) en version franc de pieds mais aussi greffée, mais également de la barbera et du dolcetto. Sur Novello, il cultive aussi du nebiolo (un seul B, pas de faute d’orthographe !) et également un peu de dolcetto. Le domaine n’utilise pas d'herbicides et use seulement de produits certifiés dans le cadre d’une culture biologique. Tous les travaux en vert sont bien évidemment conduits manuellement. A la cave, cette dynamique peu interventionniste et de respect de la nature est prolongée : les fermentations se font via levures naturelles et seul un peu de soufre est usité durant les vinifications. Les élevages se font essentiellement en grands foudres et les vins sont mis sans filtration. La gamme reprend donc l’encépagement et se compose comme suit : Dolcetto, Barbera Novello, Barbera Gabutti, Nebiolo, Barolo Rupestris, Barolo Pie Franco et bien sûr le génial Barolo Chinato. Pour les différences entre les deux Barolo de terroirs, nous vous renvoyons au texte sur le terroir de Gabutti. Quant au Barolo Chinato, vous pouvez faire de même en suivant le présent lien. Enfin, pour les vins des autres cépages, nous devons avouer qu’à ce jour, nous sommes souvent tombés sur des bouteilles à l’acescence marquée, que l’on peut sans doute attribuer à de mauvaises conditions de conservation dans les oenothèques italiennes, conjuguée au fait que ces vins sont peu couverts en soufre et donc d’autant plus fragiles. Dans tous les cas, par son histoire et sa singularité, ce domaine présente un intérêt incontestable et il nous tarde enfin de rendre visite à Augusto Cappellano, afin de faire sa connaissance et d’acquérir une vision plus complète de sa production et de celle des générations qui l’ont précédées. Car tout un pan du Barolo est né ici, c’est un fait.

  • SC : Giovanni Rosso : depuis plus de cent ans, la famille Rosso est propriétaire de grands terroirs du Barolo sur Serralunga et dans le Valle del Mondo, à Roddino : ces derniers se nomment Cerretta, La Serra, Broglio, Meriame, Sorano, Costa bella, Lirano et Damiano. Au début des années 80, Giovanni Rosso restructure la plupart de ses vignobles, augmentant notamment les densités de plantation. En 2001, son fils David décide de s‘occuper personnellement de la vinification et l’élevage du vin. En termes de viticulture, celle-ci se veut la plus biologique possible, sans recours à de quelconque engrais, insecticides ou herbicides. La récolte est évidemment manuelle, comme la taille et les labours. Une vendange en vert est effectuée en cas de besoin. En cave, le classicisme domine avec des macérations longues (trois à six semaines) en cuves ciment et les fermentations se font via levures indigènes. Les vins sont ensuite élevés en grands foudres français ou de Slavonia durant douze à trente-six mois. Actuellement, la gamme est simple et évidente, avec six vins produits : une Barbera Donna Margherita, produite depuis 1996, qui assemble trois vignes plantées entre 1959 et 2008, puissante et riche, mais raffinée dans la texture, construite pour la garde, comme celle de Roberto Conterno ; un Langhe Nebbiolo, produit seulement depuis 2010 et issu de vignes plantées entre 1984 et 2008, immédiat, raffiné mais structuré, bien marqué par ses origines ; puis un Barolo « village », produit via des vignes intégralement sises sur Serralunga, plus appuyé et corsé que le simple Langhe Nebbiolo, à la fois accessible et réservé. Ensuite commence la gamme des crus avec un Barolo Cerretta issu de vignes plantées entre 1984 et 2000, plutôt riche et soyeux, opulent mais profond, un vin solaire et généreux ; vient ensuite un Barolo La Serra, produit sur un cru peu connu (à ne pas confondre avec son homonyme de La Morra), plus puissant, terrien, corsé ; et enfin, le joyau de la couronne, le Vigna Rionda issu de la vigne mythique de Tommaso Canale, revendiqué pour la première fois en 2007. En fait, l’histoire commence au début du siècle dernier avec Tommaso Canale et son épouse, Esterina : au début des années 30, grâce à d'énormes sacrifices économiques, ils acquièrent quelques-uns des plus beaux vignobles de Serralunga, y compris en 1934, la Vigna Rionda. Puis leurs fils, Aldo et Amelio, commencent à travailler avec eux et les aident dans les vignes. Mais la guerre arrive et Tommaso meurt en 1945. A la suite de cela, leurs deux fils héritent d’environ deux hectares de Vigna Rionda. Ils replantent ce terroir en 1946. Amelio décède en 1963. Sa femme Cristina Canale et sa fille Ester essayent alors de prendre soin de la vigne, mais elles éprouvent des difficultés : après la guerre, la population active migre vers les usines en plein essor de Turin et la campagne se dépeuple lentement, la main d’œuvre manque. Finalement, la mère et la fille sont contraintes de faire un choix amer, celui de renoncer à leur vignoble. Mais les deux ne souhaitent pas abandonner totalement ce terroir et ces vignes. Ainsi, grâce à l'intervention de la grand-mère Esterina, la parcelle est vendue au frère de feu Amelio, Aldo Canale, qui continuera à produire du vin à partir de ce site exceptionnel et lui permettra de rester dans la famille. En 1998, Aldo cède la main à son fils Tommaso, qui porte le même nom que son grand-père et surtout possède la même passion. Tommaso partage sa passion avec son neveu Davide Rosso, mais en décembre 2010, il meurt subitement. Le 23 Avril 2011, la propriété de la parcelle originale d’Amelio, à savoir les 0.85 hectare de Vigna Rionda, revient à l’Azienda Agricola Giovanni Rosso, cave fondée par le mari d’Ester Canale. Ainsi, quarante années après avoir été forcée de vendre, elle est une fois de plus en mesure de récolter les raisins de cette vigne qu'elle connait depuis toujours. Au moment de la transaction, les quatre derniers millésimes produits par Tommaso (2007, 2008, 2009, 2010) sont encore en foudres et sont par la suite vendus par la famille Rosso sous l’ancienne étiquette d’origine. Mais à partir du millésime 2011, les nouveaux Vigna Rionda seront estampillés « Ester Canale Rosso ». Nous ne les avons pas encore goûtés, mais cela devrait être chose faite cette année avec le 2011. Un domaine à suivre de très près !

  • SI : Pira Luigi : voilà un domaine familial très attachant et qui a fait de grands progrès dans les derniers millésimes, avec des 2010 qui le positionnent sans doute tout proche de son meilleur niveau possible. Mais revenons aux origines de la propriété. Au cours des années 50, Luigi Pira réoriente cette dernière autour du vin, via la vente de raisins et vin en vrac aux grands négociants d’Alba qui privilégiaient le fruit du fameux territoire de Serralunga d'Alba. Au début des années 90, avec l'entrée de Gianpaolo, fils de Luigi, la qualité fait un bond, accentué ensuite par l’arrivée de ses deux autres frères Romulus et Claudio. Ainsi, le vin est produit à partir des vignes historiques de la famille. De même, tout est mis en bouteilles et les crus de nebbiolo sont vinifiés séparément et identifiés comme tels. Depuis les années 90, la cave est modernisée : les locaux ont été restaurés et agrandis, l'équipement rénové. Les fermentations ont lieu dans des cuves de fermentation à température contrôlée, mécanisées. Pour l’élevage, plusieurs types de contenants sont utilisés, des fûts français de 225 et 500 litres aux grands foudres de 25 hectolitres, les deux étant désormais mixés, avec une dominante de foudres. La gamme produite est simple et caractéristique des domaines locaux : au delà d’un Dolcetto d'Alba, Langhe Nebbiolo et d’une Barbera d'Alba propres et « sans bavures » (quoi que le nebbiolo est parfois un peu boisé), quatre Barolo sont produits : un Barolo « village » issu du finage de Serralunga et de vignes plantées en 1959 et 1995, sérieux et tannique, réclamant toujours un peu de bouteille pour se détendre ; un Barolo Vigna Marenca issu de vignes plantées en 1990, solaire et puissant, mais très élégant dans la texture ; un Barolo Vigna Margheria issu d’une vieille vigne plantée en 1959, corsé et profond, très dense, bâti pour la garde mais capable de prendre beaucoup d’élégance au vieillissement ; et enfin un Barolo Vignarionda issu de vignes plantées en 1994, ample et opulent, épicé, large, exprimant bien la force tranquille du terroir. Au cours des cinq dernières années, le domaine a considérablement amélioré la qualité de ses extractions et de ses élevages, passant de vins parfois un peu durs et secs à des crus toujours aussi profonds mais plus nuancés. Compte tenu des prix encore raisonnables pour une telle qualité, nous recommandons de s’intéresser rapidement à cette source.
  • SI : Germano Ettore : la famille Germano possède depuis 1856 près de six hectares sur la colline de Cerretta, à Serralunga d'Alba. L’arrière grand-père Francesco, puis le grand-père Alberto, y ont cultivé la vigne, privilégiant la production de petites quantités de vin mais surtout la vente de raisins, pratique courante à l’époque dans la région. Ettore, fils d’Alberto, poursuit ensuite le travail de son père, devenant également un greffeur et pépiniériste réputé. Il commence à rénover les vignobles à partir des années 50, en utilisant des sélections massales « maison », fixant les densités de plantation à un minimum de 4000 pieds par hectare avec des variétés locales traditionnelles (dolcetto, barbera et nebbiolo). En 1964, il épouse Rosanna. Ensemble, ils continuent à travailler les vignes et achètent certaines parcelles bordant la propriété. En 1985, leur fils Sergio, qui a suivi l'école d'œnologie à Alba, commence à travailler avec la famille et, via quelques hectolitres vendus à des clients privés et amis, commence à produire quelques bouteilles tout en continuant de vendre une partie du raisin au négoce. Il continue d’acheter d'autres petites parcelles et effectue sa première vinification de chardonnay. En 1995, il a la chance de planter un nouveau vignoble dans l’Alta Langa, à Cigliè, où il estime que les raisins blancs peuvent donner des résultats intéressants : l'expérience est lancée avec du riesling, chardonnay et d’autres cépages. En 2001, avec la naissance de la nouvelle DOC Alta Langa, une méthode classique de vin mousseux à base de Pinot Noir est lancée. En 2002, il achète une vieille vigne qui a appartenu au grand-père maternel dans le cru Lazzarito, et en 2005, une autre dans le Cerretta, d'environ un hectare. Aujourd’hui, l'entreprise se compose de dix hectares de vignes à Serralunga, où poussent seulement des cépages rouges, et cinq hectares à Cigliè, où sont cultivées exclusivement des cépages blancs. La direction actuelle du domaine est assurée par Sergio et sa femme Elena, qui est impliquée dans la culture du vignoble, la vinification et la commercialisation. Le style de Sergio Germano répond parfaitement au qualificatif d’intermédiaire car si les valeurs et usages fondamentaux des grands vins rouges locaux traditionnels sont respectés, rien n’est sacrifié au bons sens ; et tout ce qui permet de faire bon et meilleur à ses yeux d’œnologue compétent et respecté est utilisé, du contrôle des températures en cuves inox aux fûts de petits contenants utilisés pour les élevages, par exemple. La gamme de vins est large et diversifiée : elle commence par une bulle d’Alta Langa (pinot dominant et chardonnay) ; se poursuit par une gamme de quatre blancs avec un Langhe chardonnay, un assemblage Binel de chardonnay dominant et riesling, un pur et excellent riesling rhénan, Herzu, et enfin un pur nascetta, cépage originaire de Novello ; viennent ensuite les rouges de fruit avec deux Dolcetto, Lorenzino et Pradone, une Barbera Serralunga et une version Superiore Vigna della Madre plus élevée et puissante ; enfin deux rouges intermédiaires, un pur Merlot Bàlau que nous ne connaissons pas et un Langhe Nebbiolo vinifié pour une consommation rapide. Et pour finir en beauté, les quatre Barolo : une version communale, Serralunga, issue de jeunes vignes, élevée en demi-muids afin d’ouvrir le vin et de permettre un maximum d’accessibilité ; une cuvée Prapò, issue de vieilles vignes du terroir éponyme, élevée en foudres, exprimant le côté aromatique et tannique des grands vins de la commune ; une cuvée Cerretta, macérée longuement puis élevée en futs et demi-muids français partiellement neufs, exprimant le côté solaire et généreux du cru ; et enfin le « grand vin récurrent », la Riserva de Lazzarito, issue d’une très vieille vigne plantée en 1931, dont les raisins sont macérés souvent plus d’un mois, élevés 30 mois en petits foudres puis deux ans en bouteilles, afin d’éclore sous verre en un grand cru qui possède finesse, profondeur et réserve. Depuis cinq ans, la production du domaine gagne en régularité et Sergio fait par ailleurs école, car nombre de ses collègues talentueux, jeunes et moins jeunes, s’inspirent de lui et viennent le consulter pour son savoir-faire et son expérience. Une vraie reconnaissance.

Domaines à suivre :

9. Commune de Castiglione Falletto
 
D'origine ancienne, peut-être romaine comme en témoigne la pierre tombale du « sutor » (cordonnier) trouvée dans les murs du château, Castiglione Falletto est connu au Moyen-Âge comme Castrum et villa et il appartient au marquis de Saluzzo. La petite ville, dominée par l’imposante forteresse quadrangulaire, a ensuite appartenu à plusieurs familles nobles. A la chute du Marquis, Castiglione est transmis au Dauphiné, puis à la Savoie avec le traité de Lyon en 1601. Il rejoindra plus tard le Duché d’Alba, après bien des péripéties, à la manière du village de Neive pour Barbaresco. Le village possède en son sein deux monuments remarquables : la magnifique église paroissiale de San Lorenzo, et bien évidemment le château, que l’on aperçoit d’assez loin aux alentours. Cette église, construite dans le style roman, a été rénovée en 1893 et décorée avec des lignes intérieures néo-gothiques par les frères peintres Finati d’Alba. Le château a quant à lui été reconstruit par Bertoldo Falletti di Alba qui l’avait reçu en 1225 du marquis de Saluzzo en échange de services rendus. Les Falletti, qui en étaient propriétaires depuis la fin du XVIIème siècle, voulaient ajouter leur nom à celui du village, ce qui fut fait plus tard, comme peut en attester l’actuel nom de la localité. Aujourd'hui, il continue d'être une propriété privée et, en dépit des travaux effectués, conserve, avec ses tours latérales et son centre érigé, sa structure médiévale historique. Au delà de sa magnificence et silhouette inratable, ce village est à considérer avec grande attention par l’amateur de (grands) Barolo car on trouve en son sein quelques unes des plus incroyables cuvées actuellement produites. Situé à peine au nord-est du village de Barolo, le finage présente la particularité de son emplacement plutôt central dans l’aire d’appellation, qui fait fort heureusement la jointure entre les formations du Langhien (Elveziano) et du Tortonien, alliant sols lourds et compacts et sols plus légers et souples, avec des vins idoines qui en résultent, donc très complets. Même si au final, selon les microclimats, expositions et sensibilités vigneronnes, des différences existent et préexistent. On notera enfin que la cité de Castiglione abrite quelques-uns des plus vieux domaines de la région, ce qui prouve à qui pouvait en douter sa réelle antériorité et renforce son caractère important dans le cadre de son appellation.
 
Les crus les plus remarquables :
  • Hors-classe - Monprivato (le producteur emblématique du cru : Giuseppe Mascarello) : voilà tout simplement un terroir d’anthologie, et qui comme tous les très grands terroirs, a la chance de pouvoir montrer ce dont il est capable parce qu’un vigneron hors du commun sait lui rendre grâce. Comptant à peine 7.12 hectares, le cru s’étale de 240 à 320 mètres avec une exposition sud-ouest réalisant une sorte d’oblique parfaite, qui capte un ensoleillement idéal pour le nebbiolo ici cultivé seul, une vraie gageure. Le domaine en tire un Barolo portant le nom du cru, un des cinq plus grands vins de l’appellation quand tout se passe bien, brillant autant par sa finesse extrême que par sa structure sous-jacente. Les derniers millésimes méritent le détour même si les prix ne sont pas tendres : 2008 est immense de raffinement, 2009 très réussi pour l’année et 2010 sera tout simplement un des plus grands vins de l’histoire du domaine, une future bouteille de collection. Le domaine produit également - mais uniquement en grand millésime (1993, 1996, 1997, 2001, 2003, 2004 et 2006 par exemple) - une Riserva, le Cà d’Morissio, toujours issu de la même parcelle et d’une sélection de nebbiolo de variété Michet identifiée sur le terroir par Mauro Mascarello. Un cru de légende au prix idoine, plus puissant que le Monprivato classique, d’où l’élevage prolongé (48 mois en général) destiné à transformer la force en finesse, mais sans grever les possibilités de garde, bien au contraire. On notera que deux autres caves exploitent un peu de vigne ici mais ne revendiquent pas le cru : il s’agit de Giovanni Sordo (qui possède par ailleurs bien d’autres grands terroirs !) et Terre del Barolo.
  • Hors-classe - Rocche di Castiglione (un producteur emblématique du cru : Brovia) : autre immense terroir du village, relativement vaste (16.33 hectares) et de forme très allongée, surplombant spectaculairement un précipice qui longe la vallée de Perno, Rocche di Castiglione possède une exposition majoritaire au sud-est, tirant vers l’est ou le sud aux extrémités. Son altitude varie de 300 à 350 mètres, ce qui en fait une position relativement élevée pour un cru quasi totalement planté en nebbiolo, à l’exception d’une toute petite partie en dolcetto. Le nombre de grands domaines présents ici est impressionnant et a sans doute également contribué à la réputation du cru : Vietti, Brovia, Oddero, Giovanni Sordo (en version classique et Riserva). D’autres, moins connus, méritent sans doute notre attention : Terre del Barolo, Cà Barun, Roccheviberti et Monchiero Fratelli (en version classique et Riserva). Les meilleurs vins du cru se distinguent ici aussi par une grande finesse et une structure cachée mais bien présente, et possèdent, de par la position plus tardive et élevée du cru, davantage de fraîcheur, de parfum (fruits noirs frais, notes de violette) et de tension que sur Monprivato par exemple. C’est un terroir qu’il faut cueillir bien mûr, mais qu’il ne faut paradoxalement pas brusquer en vinification et en élevage.

  • Hors-classe - Villero (un producteur emblématique du cru : Vietti) : pendant du Monprivato dans l’exposition (sud-ouest dans la partie centrale, ouest à son extrémité méridionale), Villero est néanmoins un terroir légèrement plus solaire, et donnant des vins plus puissants. Les marnes présentes sur le cru peuvent également expliquer cette différence avec des sols plus lourds, profonds et riches. Le cru s’étale de 230 à 350 mètres d’altitude et le nebbiolo y domine largement les autres cépages (dolcetto, barbera et cépages blancs dans les parties basses) sur les 22 hectares du lieu-dit. Ici aussi, de nombreux domaines se partagent l’excellence. Parmi les plus célèbres et doués, on compte Cordero di Montezemolo (cuvée Enrico VI), Brovia (cuvée de référence), Giacomo Fenocchio (style traditionnel et vieillissement sûr), Giuseppe Mascarello (la comparaison avec le Monprivato du domaine est passionnante), Oddero, Pugnane – F.lli Sordo (qui revendique le cru en version classique et Riserva), et bien sûr Vietti, qui ne le produit qu’en Riserva et donc grande année avec une étiquette collector réalisée par un artiste qui change à chaque millésime revendiqué depuis 1982 ! A découvrir aussi, les vins moins connus de Boroli, Fontana Livia (en version classique et Riserva) et enfin Molino Franco.

  • 1ère classe - Bricco Boschis (le producteur emblématique du cru : Cavallotto) : grand cru spectaculaire, en forme d’amphithéâtre, Bricco Boschis a également - à l’instar de Vigna Rionda pour la famille Massolino par exemple, ou de Gabutti pour Franco Boasso - donné son nom au domaine de la famille Cavallotto, qui l’exploite en quasi monopole. Quasi car les domaines Roccheviberti et Vietti l’exploitent également en (petite) partie mais ne le revendiquent pas et l’assemblent avec d’autres terroirs. Exposé sud à sud-ouest en son centre, il regarde l’est dans la partie sommitale qui voit Serralunga, et ouest à nord-ouest pour le reste du cru. Il faut dire aussi que ce cru est relativement vaste, avec ses 17.65 hectares. On y distingue plusieurs sous-parties identifiées depuis 1948 (date de la première vinification par la famille Cavallotto) : Vigna Punta Marcello, qui regroupe les meilleures expositions du sommet de la colline, avec un exemple parfait du type de sol sableux souvent rencontré sur la colline ; la fameuse Vigna San Giuseppe, qui donne son nom à la Riserva du domaine et qui regroupe les meilleures parties du cœur de l’amphithéâtre et se prolonge jusqu’au sommet de la colline pour arriver jusqu’aux locaux du domaine ; et enfin la Vigna Colle Sud Ovest, extension du domaine et qui regroupe les parties basses du cru. Le Bricco Boschis varie de 230 à 337 mètres d’altitude. Y domine le nebbiolo, complété de dolcetto, barbera, freisa et même grignolino. Les Barolo de Cavallotto issus du cru (cuvée éponyme et Riserva Vigna San Giuseppe) ne sont pas toujours à la hauteur de leur terroir, mais il leur arrive d’être de grandes bouteilles, c’est un fait. Ceci dit, compte tenu de leur prix relativement élevé, on serait tout de même en droit d’attendre plus de régularité et surtout moins de vins durs, parfois trop évolués ou même phénolés. Mais ce domaine demeure attachant de par son histoire, son patrimoine et la personnalité d’Alfio Cavallotto. Ajoutons enfin que les vignes y sont remarquablement tenues, d’où notre exigence d’y goûter plus de grands vins !

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  • 1ère classe - Lipulot et Rivera inclus dans le cru Scarrone - ils en constituent la meilleure partie (deux producteurs emblématiques du cru : Luigi Oddero et Fratelli Giacosa) : voici d’autres crus spectaculaires et accrochés à la pente juste en dessous du village. Sur le papier, Scarrone fait quasiment le tour de Castiglione Falletto, avec une diversité d’expositions qui crée évidemment des inégalités en fonctions des parcelles et donc des propriétaires. Comme on peut s’en douter, les meilleures regardent le sud et concernent donc le Rocche dei Rivera de Luigi Oddero (à cheval sur Scarrone - vigna Rivera - et un petit bout de Lipulot) et la Vigna Mandorlo des Fratelli Giacosa, dans le prolongement de la précédente, regardant un peu plus vers l’est, et qui est située dans la partie centrale supérieure de la colline. On notera qu’elle fut jadis propriété de la famille de Vignolo Lutati, homme qui avait en 1929 établi une carte avant-gardiste du vignoble de Barolo. Pour en revenir au cru Lipulot, on notera que son nom vit surtout dans les bouches des gens du village, vu qu’il est issu d’une tradition orale. De petite taille, il varie de 315 à 340 mètres d’altitude et possède une exposition parfaite au sud, tirant vers l’est.
Les autres crus :
  • Alternasso ou Garblet Suè ou Garbelletto (un producteur emblématique du cru : Brovia) ; Mariondino ou Monriondino ou Rocche Moriondino (un producteur emblématique du cru : Parusso) ; Bricco Roche (un producteur emblématique du cru : Ceretto) ; Brunella ; Cerroni ou Sron ; Codana ; Crocetta ; Fiasco (un producteur emblématique du cru : Azelia) ; Montanello (un producteur emblématique du cru : Tenuta Montanello) ; Parussi (un producteur emblématique du cru : Gianfranco Bovio) ; Pernanno ; Piantà ; Pira (un producteur emblématique du cru : Roagna) ; Pugnane ; Serra ; Solanotto ; Valentino ; Valleti ; Vignolo (un producteur emblématique du cru : Cavallotto).
 
Domaines recommandés :
  • SC : Giuseppe Mascarello : les membres de la famille Giuseppe Mascarello pratiquent la viticulture depuis plus d'un siècle et demi, d'abord en tant que fermiers de la marquise Giulia Colbert Falletti de Barolo afin de gérer la Cascina Manescotto, à La Morra, puis vers la fin 1800, sur leurs propres terres. Au départ il y avait Giuseppe Mascarello (1830-1902), vigneron et donc fondateur du domaine en 1881, dans la ville de Monforte d'Alba, grâce à l'achat d'un terrain dans la zone réputée du Pian della Polvere. Vient ensuite Maurizio Mascarello (1861-1922), dit Morissio, fils de Giuseppe, qui en 1904 achète une ferme dans la zone de Monprivato, au sein de la commune de Castiglione Falletto, et y transfert ses activités. Sa production totale de Barolo étant trop faible pour vivre, il commence à compléter sa production par des achats de Dolcetto et Barbera sélectionnés sur les meilleurs terroirs et chez des producteurs de confiance de la région. En 1919, il achète dans la municipalité de Monchiero (située à équidistance de Barolo, Monforte d'Alba et Dogliani) un ancien bâtiment du XVIIIème siècle, à l'origine destiné à la conservation et au commerce de la glace naturelle. Après sa restauration, la cave y est transférée et s’avère immédiatement appropriée pour le stockage du vin en raison de ses caractéristiques structurelles et sa stabilité thermique. En 1921, il plante une partie du vignoble de Monprivato en nebbiolo greffés avec un clone particulier de la variété Michet. Giuseppe Mascarello (1897-1983), dit Giuseppe II ou Gepin, reprend ensuite l'entreprise familiale, assisté de son frère Natale et de ses sœurs Giuseppina et Adelaide. Mais rapidement, en raison de dissensions sur la philosophie et la gestion du domaine, Giuseppe et Natale sont contraints de séparer l’exploitation en deux. Dans la première moitié des années 30, Giuseppe décide également de quitter le commerce plus rentable des matériaux de construction pour consacrer toute son énergie à sa vocation, celle de produire des grands vins. Dans la seconde moitié des années 50, il remplace les vieux fûts de la cave par d’autres de meilleure qualité, produits en Italie selon des critères spéciaux et inédits, via des bois choisis personnellement avec le maître tonnelier Severino Comola dans les meilleures forêts de Slavonia. Sous son action, le domaine voit sa production de Barolo augmenter significativement tout en maintenant la qualité, grâce à son excellente connaissance des meilleurs vignobles de la région et sa maîtrise des techniques de vinification. Aujourd'hui, la quatrième et la cinquième génération président aux destinées de la propriété, en la personne de Mauro Mascarello et de son fils Giuseppe (III). A ses débuts, Mauro Mascarello rejoint son père dans la cave pour travailler en collaboration avec ce dernier. Puis en 1967, il assume seul la responsabilité de l'exploitation de la cave de Monchiero, prenant ainsi en charge sa première vinification. De la récolte 1968 à la récolte 1977, il expérimente plusieurs types de macération plus ou moins longues, mais aussi différentes intensités de pigeages et remontages, avec des résultats plus ou moins concluants. De tout cela, il conclue qu’il faut revenir à la vinification traditionnelle tout en y apportant des changements substantiels tels que la réduction du temps de macération de 60 à 40 jours, puis même 30 jours au début des années 80. En 1970, il commence à vinifier ses terroirs séparément. En 1979, à la mort de son oncle Natale, il rachète ses parts et réunifie l’initiale Cantina Giuseppe Mascarello et Fils. Les principes qui le guident aujourd’hui sont issus d’une longue expérience familiale et peuvent ainsi être résumés : taille d'hiver très courte, ébourgeonnage et suppression des entrecoeurs au printemps, vendanges en vert si nécessaire, limitation de la production à 6 à 6.5 tonnes de raisin à l'hectare, cueillette et tri manuels impitoyables, etc. De même, sans être bio, le domaine respecte nombre des normes visant à protéger l'environnement et ses terres et cela sous la forme d’une culture raisonnable et raisonnée en vue d’une production intégrée. Même si le domaine possède une ribambelle de grands crus (Villero, Santo Stefano di Perno et dans une bien moindre mesure Bricco, Codana, Toeto et Scudetto) à rendre jaloux nombre de stars des Langhe, l'orgueil de la maison reste le cru Monprivato. L’antériorité de ce très grand cru est avérée puisqu'un document daté de 1666 fait déjà état de son existence. Dans sa classification de 1985, Renato Ratti le classait en 1ère catégorie, le plaçant au sommet. Sur ce cru, les Mascarello produisent deux Barolo : une cuvée classique éponyme et une version Riserva, le Ca'd'Morissio, un des vins mythiques de la région. Pour la version classique, les vignes ont été plantées dans les années 60 pour la partie la plus ancienne et en 1996. Les vendanges se font évidemment à la main, les fermentations durent 20 à 25 jours et l'élevage, en grands foudres de Slavonia, environ 38 mois. Pour la Riserva Ca'd'Morissio, les meilleurs raisins de Monprivato sont sélectionnés et l’élevage est poussé jusqu’à 45 mois en foudre. Par ailleurs, le reste de la gamme est diversifié, comme on peut s’y attendre, et se décline comme suit : un Dolcetto Bricco, une Barbera Codana, un Barolo Bricco, un Barolo Villero (d’excellent niveau, un des meilleurs du cru), une Freisa Toetto, un Nebbiolo Langhe, un Nebbiolo d'Alba San Rocco et en version parcellaires, revendiquant leur cru, un Dolcetto, une Barbera et surtout un Barolo Santo Stefano di Perno (régulièrement le troisième grand vin du domaine). Globalement, on ne peut pas dire que le domaine brille par sa régularité sur toutes ses cuvées. Il faut dans tous les cas privilégier les grands cuvées et terroirs, un peu comme chez Armand Rousseau en Bourgogne, et donc se focaliser - au delà des deux Barolo de Monprivato - sur les Barolo Villero et Santo Stefano di Perno. Pour les autres cuvées, il convient autant que faire se peut d’acheter après avoir goûté car selon les millésimes, on peut trouver certaines cuvées un peu minces ou bien fortement réduites. Enfin, précision qui peut avoir son importance, il n’est pas forcément aisé d’être reçu au domaine ; et si l’on arrive à décrocher un rendez-vous, en fonction de la personne qui reçoit et de l’humeur du moment, l’accueil peut être des plus épouvantables, il faut le savoir également. Mais nous avouons aussi que l’on oublie très vite tout cela en buvant une grande bouteille de mythique Monprivato !
  • SC : Brovia : nous sommes très attachés à ce grand domaine historique à l’emblème de dragon posé sur des grappes de raisins, et pour cause. Car à leur meilleur, ces vins sont la quintessence des grands Barolo du sud. Toujours très attentifs à l'importance du terroir, ses propriétaires ont réussi au fil du temps à sélectionner puis acheter de très grands vignobles du Barolo : ainsi Rocche, Villero et Garblèt Sue' (Fiasco) à Castiglione Falletto et Ca'Mia (Brea) sur Serralunga d'Alba. De cela a logiquement découlé la philosophie de la propriété, qui consiste à proposer une série de vins de grande personnalité vinifiés et élevés de la même manière. La cave voit donc le jour en 1863 avec le grand-père Giacinto. Son fils Antonio continue son oeuvre jusqu'en 1932 quand, malheureusement, il décède brutalement. Cette disparation trouble grandement les activités du domaine, qui voit ses affaires quasi interrompues jusqu'en 1953, date à laquelle ses enfants Giacinto Jr. (vigneron), Raffaele et Marina, alors en âge de reprendre, décident de s’investir enfin dans le domaine familial en se concentrant sur la production de vins de qualité. À la fin des années 80, les filles de Giacinto (Elena et Cristina Brovia), après des études d’agronomie et d’œnologie, rejoignent le domaine et poursuivent le travail de leur père. En 2001, le mari espagnol d’Elena, Alex Sanchez, diplômé en économie, rejoint lui aussi l’aventure. Dans le vignoble, la taille est exclusivement réalisée par des techniciens expérimentés qui sont par ailleurs impliqués dans tous les autres travaux en vert. Les sols sont analysés périodiquement afin de contrôler leur l'équilibre. La taille, l’ébourgeonnage et les vendanges en vert sont très importants et permettent d'améliorer considérablement la qualité des raisins récoltés. Enfin, un tri et une sélection poussée réalisés lors de la vendange permettent d'obtenir la meilleure matière première possible. La vinification est traditionnelle et découle de l’expérience d’œnologue de Giacinto Brovia ainsi que de nouvelles techniques apportées par sa fille Cristina. Il y a d'abord un foulage doux du raisin, suivi par une fermentation à 28 à 30°C. Les temps de macération varient en fonction du type de vin. Les élevages sont réalisés en foudres usagés de chêne de Slavonia et de France. Puis les vins sont mis en bouteilles sans filtration. La large gamme (plus vaste que ce que l’on croit connaître d’ailleurs !) s’articule comme suit : comme pour Vietti, elle commence avec un Roero Arneis ; puis vient un sublime et diaphane nebbiolo du Roero Valmaggione, qui provient du fantastique amphithéâtre de Valmaggiore ; suivent deux Barbera de terroir, Brea et Sorì del Drago, issues du cru Fiasco ; trois Dolcetto là encore dans une logique de terroir, Vignavillej, qui assemble deux sources, sur Castiglione et Serralunga, mais surtout Solatio (produit seulement en grand millésime) et Ciabot del Re, sur Brea ; un rare et méconnu Barbaresco Rio Sordo ; et un Barolo Brovia issue de diverses vignes du domaine sur Serralunga et Castiglione. Et enfin, les quatre Grands Crus de Barolo : Garblet Sue, issu de vignes plantées en 1970 et 1979, le plus droit, strict et tendu de la gamme ; Rocche dei Brovia, issu de vignes plantées en 1966, le plus élégant et fin de tous ; Villero, issu de vignes plantées en 1961, le plus riche, puissant et solaire, le plus généreux aussi ; et enfin le très grand cru et l’enfant chéri, Ca’Mia issu de vignes plantées en 1955, le vin le plus complexe, secret, profond, capable de se complexifier durant de nombreuses années, à la manière d’un Chambertin. Comme nous le disions en préambule, les derniers millésimes (en tout cas depuis 2006-2007) sont des sommets absolus de la région. Il est même difficile d’imaginer plus grands Barolo en 2010, les grandes cuvées du domaine rejoignant sans problème le top 10 de la DOCG. Plus que jamais, il est temps de s’intéresser à ce domaine qui n’a sans doute jamais été autant au sommet de son art. Mais les prix commencent à monter, hélas, et il faut se hâter d’encaver avant que cela ne soit plus possible…

  • SC : Roagna : Cf. descriptif du domaine au paragraphe Barbaresco.

  • SI : Vietti : plus qu’un domaine viticole, Vietti est une institution, et ce pour de nombreuses raisons. Carlo Vietti a fondé l'entreprise en 1800 et son fils Mario, en 1919, a commencé à produire les premiers vins Vietti, vendant la plupart de la production en Italie. Son projet principal était de transformer la ferme familiale alors centrée sur la polyculture en une cave. En 1957, Alfredo Currado épousa sa fille, Luciana Vietti. Depuis 1960 et la mort du père de celle-ci, il a poursuivi les activités de l'entreprise familiale en dirigeant la production de plus en plus vers la haute qualité, la positionnant parmi les meilleurs des Langhe et la mettant sur orbite pour exporter ses produits sur les marchés étrangers importants tels que l'Allemagne, la Suisse et bien sûr les USA. L'histoire des quarante dernières années a donc fortement été marquée par les choix d’Alfredo Currado, vigneron depuis 1952, et son épouse, qui s’engagent dans le renforcement de l'image non seulement de la famille, mais aussi du territoire du Barolo. Alfredo fut le premier à choisir de vinifier des raisins provenant uniquement de ses vignes, concept singulier et radical à l'époque, maintenant appliqué à presque toutes les caves qui produisent du Barolo et Barbaresco. C’est ainsi qu'en 1961, les premiers crus Vietti, les Barolo Rocche et Barbaresco Masseria, voient le jour. Surnommé le « père de l’arneis », il est aussi le premier en 1967 à redécouvrir cette variété presque disparue et à la vinifier pure. Aujourd'hui, ce cépage est le plus connu des variétés blanches locales. Egalement amateurs d'art, Luciana et Alfredo se lient d’amitié avec certains artistes et en profitent, à partir de 1970, pour leur confier les étiquettes de leurs vins. L’idée aurait vu le jour un soir d'hiver, quand un groupe d'artistes assis avec eux autour d'une table leurs suggérèrent « d’habiller l'art de leur travail dans la cave » par « une œuvre d'art sur l'étiquette ». Depuis lors, des hommes et femmes de renommée tels Gianni Gallo, Eso Peluzzi, Pietro Cascella, Mino Maccari, Pier Paolo Pasolini, Claudio Bonichi, Valerio Miroglio, Pierflavio Gallina, Gioxe de Micheli et d'autres ont collaboré à la conception d'étiquettes du domaine. Depuis 1982, l’étiquette artistique du domaine est centrée sur le Barolo Riserva Villero, produit uniquement dans les millésimes exceptionnels. En 1990, pour la première fois, sa création est confiée à un artiste non-italien : Janet Fish. Pour l'occasion, en mars 1996, le vin et l'étiquette sont même présentés à la presse et aux clients dans le prestigieux MoMA, le Musée d'Art Moderne de New York. D’autres suivront. 1983 est l’année de l’arrivée du gendre Mario Cordero (mari de la fille Emanuela), qui concentre ses efforts sur les acquisitions de vignobles, mais également sur la commercialisation et promotion des vins Vietti. En 1992, Luca Currado, fils d'Alfredo et Luciana, diplômé de viticulture en 1989, après quelques expériences dans des caves prestigieuses de Bordeaux et de Californie, rejoint le domaine et succède à son père dans la vinification et gestion viticole. Aujourd’hui, 35 hectares de vignes sont cultivés puis vinifiés. A côté des classiques Dolcetto et Barbera d’Asti et d’Alba Trevigne (le Dolcetto est élevé en foudre alors que les Barbera voient des foudres, barriques et cuves), du Roero Arneis, du Nebbiolo Perbacco et du Moscato d'Asti Cascinetta, on trouve les grands vins du domaine, à savoir le Barolo « village » Castiglione et surtout les sélections parcellaires, qui font toutes les fermentations malolactiques en barriques avant d’être transférées en grands foudres et/ou petits fûts : il y a Rocche, Brunate, Lazzarito, Ravera et la Riserva Villero ; mais aussi le Barbaresco Masseria ; et enfin trois grandes Barbera de terroirs, Scarrone et Vigna Vecchia di Scarrone en appellation « d’Alba », et depuis 1996 La Crena, en appellation « d'Asti ». Depuis 2000 et la retraite méritée des parents, Mario Cordero et Luca Currado impriment un modèle de travail qui respecte les valeurs fondamentales de la tradition, tout en gardant l’esprit ouvert et en ne renonçant pas aux évolutions modernes qui permettent selon eux de faire « meilleur ». Les prix ne sont pas tendres du tout mais à leur meilleur, les grandes cuvées sont de très grands vins. Nous n’avons encore pas goûté toute la gamme à ce jour mais pour le moment, nous avons un faible pour le Barolo Lazzarito et les Barbera, qui sont un des points forts du domaine.
Domaines à suivre :
 
10. Commune de Diano d’Alba
 
Rattaché à la commune d’Alba, Diano est un très joli village pittoresque situé au sommet d’une colline assez élevée (quasiment 500 mètres d’altitude) qui permet de jouir en son sommet d’un panorama magnifique sur la partie nord du vignoble de Barolo, entre autres. Il abrite en son sein, au point le plus haut, une superbe église couleur brique, encerclée par la place du Belvédère qui, dans sa configuration, rappelle étrangement le proche village de Treiso. Mais ce dernier produit non pas du Barolo mais du Barbaresco, faut-il le rappeler ! Diano d’Alba peut revendiquer trois crus, mais c’est surtout Sorano qui est mis en avant par les vignerons (Le Cecche, Claudio Alario, Ascheri, Gerlotto Fratelli, San Biagio).
 
Les crus :
  • Gallaretto ; La Vigna ; Sorano

11. Commune de Grinzane Cavour
 
Le nom du village rend bien évidemment hommage depuis 1916 à l'homme d’état à l’origine entre autres de ce que l’on nomme Risorgimento, Camillo Benso Comte de Cavour, qui fut par ailleurs maire de la commune de Grinzane durant dix-sept ans, de 1832 à 1849. Le village est dominé par l'imposant château médiéval, siège d’un musée ethnographique, d’une Enoteca régionale et d’un restaurant bien connus, appartenant encore aujourd’hui à la famille Cavour. On notera que l’on décerne ici aussi un célèbre prix littéraire. A l’instar de Diano d’Alba, les crus du village sont peu revendiqués. Garretti - et dans une moindre mesure Castello - sont de loin ceux que l’on peut lire le plus souvent sur les étiquettes. Il est de ce fait très difficile de dégager une trame commune aux Barolo du village et l’on s’en gardera bien.
 
Les crus :
  • Bablino ; Borzone ; Canova ; Castello ; Garretti ; Gustava ; La Corte ; Raviole

12. Commune de Dogliani
 
Village ne pouvant revendiquer de production de Barolo sur son territoire, Dogliani n’en n’abrite pas moins quelques-uns des meilleurs domaines producteurs de Dolcetto di Dogliani (spécialité locale), mais également de superbes Barolo des communes avoisinantes. Au delà des deux cités ci-après, on ne négligera pas non plus la production de la cave Abbona.
 
Domaines à suivre :
  

 

Le 17/12/2017 à 19h28
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