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Accueil Humeurs ! Salon Vinitaly 2011
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Vinitaly 2011, impressions de salon…
  
 
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Une belle série chez Sandrone…

Avec près de 4000 exposants sur 95 000 m² de superficie et plus de 156 000 visiteurs en 2011, Vinitaly aurait de quoi reléguer Vinexpo au rang de « salon de quartier ». Certes, c’est un peu exagéré, mais il est vrai que par sa taille et son affluence, Vinitaly s’inscrit certainement comme l’un des plus grands salons d’Europe. Surtout lorsque l'on sait que, contrairement à son équivalent français, il n’est dédié qu’aux vins et vignobles nationaux. La 45ème édition s’est déroulée du 07 au 11 avril dernier, au parc des expositions de Vérone. Et ce fut donc la première pour moi.
 
Vinitaly est un peu à l’image de l'Italie contrastée : un salon immense, presque démesuré, bruyant, vivant, mais avec une qualité d’organisation remarquable. Et surtout de très bonnes conditions de dégustation, si ce n’est, chose imprévue en ce mois d’avril, des températures quasi estivales, qui ont flirté avec les 30° certains après-midi. Conséquence, pour quelques pavillons (tel celui du Piémont), les vins seront plus difficiles à déguster en fin de journée. Malgré cela, le lieu est vaste, bien aéré et organisé autour de grands stands souvent très bien adaptés à l’accueil des visiteurs, avec tout le matériel nécessaire pour que les dégustations se déroulent dans les meilleures dispositions. Il faut, de plus, louer le très grand professionnalisme des vignerons, toujours très consciencieux dans le service des vins : préparation soignée, verres de qualités parfaitement adaptés et toujours envinés (et parfois même entre chaque vin !). En revanche, j’ai trouvé plutôt surprenant le fait que le salon soit ouvert pendant deux jours (en l’occurrence les samedi et dimanche) au grand public. Une initiative qui n’est en rien condamnable, mais permet néanmoins l’accès à des - jeunes - visiteurs simplement intéressés par l’idée de « picoler » du vin à moindre frais. Il semblerait que pour les organisateurs, l’intérêt commercial de l’ouverture au grand public ces deux jours là prime. Une situation qui nous a quelque peu gênés dans nos activités et qui tranche franchement avec l’excellente et irréprochable organisation du salon. Mais voilà, c’est aussi ça l'Italie…
 
Au final, deux jours pleins de dégustations (de 09h30 à 18h30), 28 domaines rencontrés et plus de 170 vins goûtés pour moi. Avec Nicolas, nous nous sommes notamment concentrés sur les régions du Piémont et du Haut-Piémont, me permettant, entre autres, de mieux appréhender le caractère assez singulier du nebbiolo. Nous avons également parcouru les travées de la Campanie et de la Toscane, deux régions dont je ne connaissais que peu de choses jusqu'alors. On n’insistera jamais suffisamment sur l’intérêt de participer à ce type d’événement professionnel. Certes, si les conditions de dégustations ne sont jamais celles d'une visite au domaine, cela permet tout d’abord de rencontrer et de bavarder assez librement et ouvertement avec les vignerons-exposants. Mais surtout, et du moment que la visite est cohérente et organisée, elle permet de se faire une image globale d’une appellation, d’une région, d’un millésime et/ou d’un cépage. Ou plus simplement de cerner et parfois mieux comprendre certains types de vins.

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J’adooooore le Chianti !!!

Impressions de millésimes (par Nicolas Herbin) :
 
2009 : difficile d'entrer dans la nuance pour le moment sur ce millésime, les plus grands rouges sont encore en élevage, notamment. On sait que l'année est globalement chaude, en tout cas pour l'Italie continentale. Les premiers rouges toscans et piémontais vont dans ce sens, sans avoir l'air aussi cuits que beaucoup de 2007. Impression à affiner dans le temps. A l'inverse, les vins de Sicile - et notamment de l'Etna - sont issus d'une climatologie plus fraîche cette année là, voire pluvieuse pendant le mois des vendanges. Ce qui n'a pas empêché les meilleurs producteurs de faire des étincelles.
 
2008 : année délicate dans de nombreuses régions italiennes, mais quand les vins sont réussis et donc issus de raisins cultivés et cueillis avec rigueur, ils brillent de mille feux, notamment les blancs ! En Piémont, l'année trie admirablement les gens les plus pointilleux dans le vignoble, et les autres. Les plus beaux nebbiolo ressembleront peut-être à des 96 ou 2004 encore plus réussis. C'est la même chose en Toscane et dans nombre de régions. Quelques grands rouges inratables produits sur l'Etna, dans un style mûr et riche.
 
2007 : millésime riche en alcool, assez, voire très mûr dans de nombreuses régions, avec parfois des rouges aux tanins cuits et/ou verts. Dans les régions stars, les vins les plus équilibrés sont souvent vinifiés par des traditionnalistes qui par leur approche ont favorisé des profils plus frais, retenus, construits. Bref, qui équilibrent mieux la richesse de l'année que les excès de bois, d'extraction et/ou d'assouplissement de tanins. A noter que la Sicile a produit de très beaux vins cette année là, en blanc comme en rouge, et pas uniquement dans la zone de l'Etna. Mais il est assez classique depuis trois-quatre millésimes que les années chaudes sur le continent soient à l'inverse tempérées et plus fraîches sur l'île.
 
2006 : millésime fort réussi et équilibré dans de nombreuses régions italiennes, mais coincé entre deux années que la critique internationale et anglo-saxonne voulait « grandes ». Tant mieux pour les prix et disponibilités. On trouve de grands nebbiolo piémontais, complètement passés à la trappe des bonnes notes, surtout sur Barolo, et de très grands sangiovese et sangiovese grosso toscans. De très belles choses également sur les aglianico de Campanie. Mais les américains ont préféré l'alcool et la chaleur des 2007, qui font souvent penser aux Châteauneuf déséquilibrés du même millésime.
 
 
Les coups de cœur !
 
Trois régions, trois domaines très différents par leur histoire, leurs terroirs, leurs cépages et leur vision du vin. Mais surtout trois coups de cœur qui illustrent la grande diversité que nous offrent les vignobles Italiens, dans ce qu’ils savent produire de meilleur. 
  • Du côté du Piémont… 
Incontestablement, mon vrai grand coup de cœur de ce salon sera pour l’Azienda Agricola G.B. Burlotto, dont la cuvée de Barolo « Vigneto Monvigliero » est commentée ici même. Mais plus que celle-ci, c’est l'échantillon de la gamme goûté ce jour là qui était d’une justesse et d’une cohérence exceptionnelle. Ici, j’ai été touché dès le Pelaverga di Verduno 2010 - « jeune » DOC (1995) dont le pelaverga est le cépage dominant - gourmand à souhait, à la fois vif et souple et avec plein d’entrain et de générosité. On poursuit par quatre Barolo issus du millésime 2007. Le « simple » Barolo est déjà un vin dynamique, tout en force, d’expression élégante, avec des notes florales variant sur le balsamique. D’un cran supérieur dans sa complexité aromatique, avec des fragrances de fleurs séchées, de tabac et de fruit à l’eau de vie, l’Acclivi (né d'un assemblage de terroirs situés sur Verduno) apparait plus sur la réserve en bouche. Mais sa trame franche et volumineuse lui promet un bel avenir. Le Vigneto Monvigliero est une œuvre à lui seul ; un grand vin, touchant de générosité, de justesse et de précision. Pour finir, le Vigneto Cannubi, issu d'un terroir mythique sis sur la commune de Barolo, est plus en puissance que le Montvigliero. Nez riche et intense, sur des notes de fruits sucrés, cassonade, abricot confit et rose fanée. Bouche d’une grande ampleur, constituée de tanins abondants, encore serrés. Finale un peu chaude, mais vin au caractère exponentiel, qui demandera plus de temps pour complètement se civiliser. Voilà la signature des grands domaines du Piémont : pouvoir présenter une gamme homogène, mais progressive, dans laquelle chaque vin semble avoir fait l’objet du même soin et de la même attention que la plus grande cuvée. Ce fut le dernier domaine rencontré de ma première journée sur le salon, et c’est tant mieux car plus rien ne pouvait « passer » après ça…

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Vigneto Monvigliero de Burlotto, plus qu’un grand vin…
  • Du côté de la Sicile… 
Marco de Grazia est un vrai personnage, authentique, chaleureux et à la bonhommie contagieuse. Fondateur d’une importante maison de négoce, il dirige également depuis 2002 ce domaine situé sur les pentes de l’Etna, Tenuta Delle Terre Nere. J’avais déjà eu l’occasion de faire sa rencontre lors des 25 ans du CaveSA à Genève et j’avais été subjugué par la trame tannique de ses vins, d’une expression que je n’avais jamais rencontrée jusqu’alors. Ici, nous avons pu déguster toute la gamme dans d’excellentes conditions, puisque nous avons été reçus sur rendez-vous, dans un petit local aménagé et climatisé. L’Etna Bianco 2010 annonce la couleur : le vin est frais, pur, élégant, aérien, avec de beaux arômes fruités ; c’est l’un des rares blancs à m’avoir véritablement conquis sur le salon. D’ailleurs Marco avouera avoir certainement vinifié son meilleur blanc avec ce millésime. En rouge, la gamme est certes très large, mais chaque vin présente une forte personnalité. Dans le haut du panier, Guardiola 2009 et Prephylloxera 2009 (un pur Nerello Mascalese planté en 1870) sont deux vins d’un caractère et d’une race incroyable. J’ai même évoqué le terme « indéfinissable » pour tenter de décrire ces tanins fins mais fermes, pointus et poudrés, et surtout délicieusement sapides et salivants. On pourra aussi se faire plaisir avec le Feudo di Mezzo 2009 ou le plus simple Etna Rosso 2010, tous deux très parfumés et remarquablement soignés. Tout amateur de vin empreint de curiosité se doit de découvrir les vins de l’Etna !

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  • Du côté de la Campanie…
Viticoltori Migliozzi - Rampaniuci, voilà ce qui fut mon second grand coup de cœur du salon avec Burlotto. Un tout jeune domaine, créé en 2004 par les frères Migliozzi sur les terres de la DOC Falerno Del Massico. Une seule cuvée produite à base d’aglianico en cépage principal, et dégustée dans deux millésimes. Rampaniuci 2008 est sur les fruits noirs, avec une petite pointe de volatile qui lui ouvre le bouquet. Il développe des notes de rose et d’épices douces. La bouche est fraîche, franche, croquante, avec un superbe jus très savoureux qui flatte le palais. Grande allonge, pure et complexe, sur le fruit. Rampaniuci 2007 est un cran au dessus, avec des accents languedociens qui ne pouvaient que me plaire. S’ouvrant sur des notes légèrement viandées, il déploie des arômes poivrés, truffés et fruités, avec une touche d’élevage juste et maitrisée. Grande bouche, très sexy mais sans aucune vulgarité. Les tanins sont bien présents, encore serrés, mais d’une grande précision. Matière remarquablement fruitée et pulpeuse. Grand vin, d’une justesse confondante. Nous avons été conquis par les deux échantillons dégustés, ainsi que par la philosophie et l’esprit affichés par ces « jeunes » vignerons de l’exploitation. Un domaine dont nous suivrons la production et l’évolution avec beaucoup d’intérêt.

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Le team Migliozzi

Les beaux vins italiens :
 
Un passage chez l’incontournable San Giusto a Rentennano pour commencer. Le domaine est situé à Gaiole in Chianti, près de Sienne, en Toscane. Le premier vin, le Chianti Classico 2009, présente un nez fruité, mûr, avec des notes de poivre. La bouche est pleine, assez puissante, soutenue par des arômes vanillés et des tanins ronds et doucereux. L’ensemble est élégant et bien construit. Le Chianti Classico Riserva « Le Baroncole » 2008 est un peu plus rugueux, plus riche, plus sévère en bouche malgré un nez plus aérien, sur des notes herbacées et d’agrumes. Dans sa définition, le vin est précis, mais il présente à ce stade – fatalement – moins de gourmandise que son cadet. Le Sangiovese di Toscana « Percarlo » 2007 n’est pas produit à chaque millésime, la sélection se fait en fonction de la nature des raisins à être ramassés plus tard et leur résistance phénolique. Il présente un nez fin et dégagé de sang, prune et réglisse. Le vin est élancé en bouche. Aussi long que large, il développe des tanins abondants, plutôt fins et très droits. Encore beaucoup de pureté dans la saveur, qui semble être la marque de fabrique du domaine, avec une finale resserrée autour d’une belle fraîcheur. Un vin à l’étoffe de grand cru. Enfin, le Merlot di Toscana « Ricolma » 2008 est, comme son nom l’indique, un 100% merlot. D’expression trop « bordelaise » à mon gout (moka, zan, vanille), il ne présente pas le caractère et la noblesse des sangiovese du domaine, car ces derniers sont si prometteurs !
 
Toujours en Toscane, Tenuta le Potazzine fut une belle révélation. Situé dans la ville de Montalcino, le domaine produit une gamme de vin en DOC Rosso di Montalcino et DOCG Brunello di Montalcino. Ici, le cépage roi est le sangiovese grosso. D’approche assez simple, peut-être plus faciles, les Rosso di Montalcino 2009 et 2008 sont deux très beaux rouges. Le 2009 est un peu plus riche que le 2008, avec une gamme d’arômes tirant sur le gibier et l’empyreumatique. Le 2008 présente un superbe fruit, bien défini, aéré et parfumé. Sur les deux millésimes, les tanins sont croquants, soyeux, fins, avec un supplément de pureté sur le 2008. On gagne en profondeur, en volume, en puissance avec les DOCG Brunello di Montalcino. Le 2006 prend des accents de mourvèdre avec ses notes de tabac et d’herbes fraîches. L’attaque est toute en chair, puis la matière se resserre sur une structure carrée, encore anguleuse. Un peu de dureté en finale, mais le potentiel est là. Le 2005, un peu réduit à l’ouverture, s’ouvre sur des notes sanguines et de tomates séchées. La bouche, très riche, déploie sa densité et ses tanins amples, volumineux, mais parfaitement définis. Un « gros » beau vin. Enfin le Riserva 2004 est encore plus précis dans sa définition aromatique et dans son expression. Les tanins sont fins, mais denses, enveloppant la matière dans une sphère dynamique et de caractère. Grande expression d’arômes, tant au nez (réglisse, balsamique, tabac blond) que sur la finale (fruits frais), longue et élégante. Hors classe, incontestablement. Un domaine à suivre (ou à découvrir !)

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Superbe étiquette !
 
Retour en Piémont. Notre rencontre avec l’Azienda Luciano Sandrone ne s’est pas effectuée sur le salon, mais dans un hôtel particulier, sur rendez-vous et en préambule de la seconde journée. Nous avons pu déguster des vins « à la fraîche », dans de très bonnes conditions et, cerise sur le gâteau, en compagnie du maître, Luciano Sandrone. Dans la gamme des DOC, le Nebbiolo d’Alba « Valmaggiore » 2009 (venant du Roero et non du Barolo) est un vin soigné, exhalant des parfums truffés et exotiques. Attaque souple et soyeuse, dévoilant des tanins filiformes et poudrés. Trame plaisante et bonne longueur finale. La Barbera d’Alba 2009 est, à ce stade, un peu marquée par l’élevage, perdant ainsi son fruité et naturel d’expression ; à revoir. On poursuit avec les Barolo : « Le Vigne » 2007 est presque « pinotant » au nez. La bouche est sur la réserve, moins expansive que pas mal de 2007 goûtés sur le salon. Ensemble net et pur cependant, avec des tanins abondants. « Cannubi » 2007 révèle une plus grande maturité, avec des notes de fruits cuits et de pot pourri. A l’attaque, la matière parait moins dense, plus douce que Le Vigne, mais elle reprend du volume sur le palais et prolonge la finale avec beaucoup de caractère. Nous terminons avec les deux mêmes cuvées, mais dans le millésime 2003. « Le Vigne » 2003 présente un nez musclé, sur le pruneau, le torréfié, la cassonade. Beaucoup de gras en bouche, donnant un vin caressant, soyeux, plein et avec une chair équilibrée par une bonne fraîcheur. « Cannubi » 2003 est plus élégant, floral, avec des notes de rose et de kirsch. A l’inverse, la bouche est puissante, avec des tanins un peu durs et encore très serrés sur la finale, laissant une bouche un peu sèche. Néanmoins, la fraîcheur est là et le vin pourrait se civiliser avec le temps. Un très bon moment de dégustation, enrichissant par la rencontre qu’il a généré.
 
Nous avons déjà évoqué les vins et lAzienda Agricola Vajra dans nos colonnes. Un passage sur leur stand était indispensable, histoire de faire un point sur la très large gamme de ce vigneron emblématique de Barolo. Quand j’évoque, plus haut, la cohérence dans la gamme des vins, nulle doute que Vajra en représente l’un des meilleurs exemples. Dès le Moscato d’Asti 2010, on est porté par la finesse de bulle, l’élégance et une complexité supérieure aux autres Moscato que j’ai pu goûter sur le salon. Si le Langhe bianco 2010 est encore très serré - et un peu éteint - par la mise, il en est tout autre du 2009, fin, délié, citronné et à la bouche grasse et ciselée. Un beau riesling piémontais. Dans la gamme des rouges, les dolcetto et barbera sont loin d’être relégués au rang des cépages « secondaires ». La Barbara d’Alba 2009, par exemple, est un vrai jus fin, frais, tout en rondeur et avec des tanins veloutés et enrobants, exquis de fruits. Dans la gamme des Nebbiolo, on n’est pas volé avec le Langhe 2009, parfaitement ouvert, intense sur ses arômes fruités et avec beaucoup de suavité et de pureté en bouche. Enfin, on mesure assez bien la différence de millésimes entre les Barolo « Albe » et « Bricco Delle Viole » 2007 et les mêmes en 2006. Les deux 2007 sont dans un registre de fruits sexy, presque exotiques et séduisants. Les bouches sont pulpeuses, savoureuses et les tanins assez gras, avec un grain plus enrobé. Plus d’austérité dans les 2006, immédiatement moins plaisants, mais ils semblent plus racés, avec des tanins poudrés et plus anguleux ; j’ai le sentiment qu’ils iront plus loin. Un domaine qui demeure incontournable.

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Beppe Vajra, l’un des fils d'Aldo : la relève, et beaucoup d'humilité…

Grappillages…
 
C’est une jolie gamme de Chianti qui nous a été proposée par l’Azienda Giacomo Mori, un petit domaine de 9 ha situé à Palazzone, à quelques encablures de Sienne. Le Chianti Riserva « Castelrotto » 2008, la cuvée phare, est dominée à 90% par le sangiovese complété de merlot. Elle présente maturité et fraîcheur, avec des notes mentholées, de viande crue et cuir frais. Bouche de bonne constitution, précise, droite, avec des tanins croquants et énergiques. Ensemble net, d’un beau classicisme et avec un caractère plutôt sudiste, à l’image des vins du domaine.
 
J’évoque rapidement les vins de Massolino, grand domaine de Barolo sis à Serralunga, au sud-est de l'appellation. Rapidement, parce que je ne les ai pas goûtés sur le salon mais lors de mon arrivée le premier soir à Vérone, au restaurant et en compagnie des vignerons, Roberto et Franco. Je n’ai donc pas pris de notes, mais il faut dire que ce fut une très belle entrée en matière pour les deux jours de dégustation à venir. Nous avons donc gouté toute la gamme des 2007 (excepté le Vigna Rionda) et tous les vins ont une classe, un caractère et une finesse de toute beauté. Les nez sont fabuleux, remarquablement définis et d’une grande élégance. Et quel fond ! Dans des matières tenues par des tanins précis, subtilement suaves et salivants. J’ai tout adoré…
 
Impression mitigée chez le bouillonnant Bruno Rocca, vigneron de Barbaresco. Dans un style assez moderne, j’ai parfois eu le sentiment d’avoir affaire à des vins un peu dépassés par leurs ambitions. Dans la gamme, le Barbaresco « Rabaja » 2008 sort toutefois du lot. Nez ouvert sur des notes balsamiques, goudron, épices et réglisse. La bouche est très élégante, avec un élevage encore prégnant mais que l’on sent bien réalisé (ou du moins fait pour un vin capable de le supporter). Tanins structurés et onctueux. Longue finale, ample mais pas débordante. Une belle bouteille qui devra être attendue quelques années. Quelques interrogations sur le reste donc, mais il sera intéressant de revoir les vins dans d’autres conditions.
 
Qui ne connait pas Fattoria La Massa, un des domaines stars du Chianti, mais dont les vins sont déclarés en IGT Toscane depuis 2003 pour des raisons liées au choix des cépages ? Sa cuvée porte drapeaux « Giorgio Primo » est, sur 2008, constituée à 75% de merlot et 25% de sangiovese. C’est un vin opulent, riche puissant, marqué par la barrique, avec des parfums de fruits confiturés, de cassis, de tabac brun et de café. C’est un vin que l’on sent et que l’on sait travaillé, mais dans ce style, il faut reconnaitre que c’est du haut niveau. Malgré ce coté démonstratif, le vin est propre, pur, avec un jus puissant, des tanins élégants, gras et lui conférant une charpente solide et un potentiel indéniable. Un vin de style moderne.
 
Pour finir, et toujours dans un style moderne assumé, l’Azienda Matteo Correggia située à Canale d’Alba, dans le Roero (Piémont). J’ai beaucoup aimé la cuvée Roero Riserva « Roche d’Ampsej » 2007 (100% nebbiolo), dynamique mais sans esbroufe. Nez sur le goudron, l’ambre, des notes balsamiques et de bois noble. Bouche expansive, enrobée, harmonieuse, avec un élevage présent mais parfaitement intégré dans la structure, lui apportant un supplément de complexité. A noter aussi un très joli Brachetto « Anthos » 2010, un petit vin mais un vrai sirop de fruits, sur d’intenses arômes de violette, cassis et fruits rouges et avec une bouche au toucher frais, fin, sapide, simplement gourmand, comme doivent l’être les vins de ce cépage authentique riche de plus de deux-mille ans d'histoire !

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Avant de conclure, je souhaiterais revenir sur les vins du Piémont et du Haut-Piémont. En particulier ceux issus du cépage nebbiolo. Pour un palais français, habitué aux vins français, les premières rencontres peuvent paraitre surprenantes, voire déroutantes. Appréhender et cerner leur caractère demande en quelque sorte un véritable apprentissage. Nous sommes peut-être un peu trop habitués aux vins ronds, soyeux, peu tanniques, et parfois - un peu - lisses ou « engraissés » par le bois. Car, au delà de son expression aromatique déjà singulière (notes exotiques, pastèque, tomate séchée, goudron, balsamique…), le nebbiolo est au contraire un cépage donnant des vins plus carrés, stricts, fermes, avec une certaine rigueur dans la texture et dans le tanin, laissant souvent l’impression qu’il « s'accroche » au palais. On croise assez peu cette forme particulière de tanin sur nos cépages français. Personnellement, j’aurais tendance à faire une analogie avec ce que l’on rencontre parfois dans des vins issus de mourvèdre (style Bandol traditionnel, mais avec un supplément de raffinement pour le nebbiolo) ou de mondeuse. Il ne faut donc pas s’étonner de voir les grands domaines du Piémont élever longuement leurs crus avant commercialisation, que ce soit en foudre ou sous verre, de manière à dompter et patiner doucement les vins. Mais attention, cela ne veut pas dire qu’ils ne seront pas abordables dans leur jeunesse ! Bien au contraire, les grands nebbiolo peuvent être – comme tous les vrais grands vins – appréciés à tous les stades de leur vie. Seulement, il faut s’initier avec ouverture d’esprit à cette particularité, à ce style et à leur équilibre, de manière à en prendre toute la juste et pleine mesure. Et surtout, ils se révèlent souvent complètement à table ; ce qui est sans conteste, leur destinée et terrain de jeu privilégié.
 
Nous avons donc passé deux jours (trois pour Nicolas) à déambuler dans les travées de Vinitaly. Et nous n’avons croisé en tout et pour tout qu’un seul journaliste/critique français (membre du comité de dégustation de la RVF). Simple coïncidence, dont il conviendra de ne pas tirer de généralité ? Peut-être, mais cela semble révéler le peu d’intérêt que nous accordons, nous français, à ce type d’événement extranational. Et cela se ressent sans doute par la faible accessibilité des vins Italiens – et étrangers – dans les réseaux conventionnels de distribution en France, restant un peu trop cantonnés à quelques crus « standards ». Alors, existerait-il toujours un syndrome franco-français qui consisterait à croire que nous sommes les meilleurs au monde en terme de vin et de gastronomie ? Et si c’est le cas, pourquoi d’autres sont capables de faire aussi bien, voire mieux et à prix moins exagéré pour les grandes appellations ? N’étant pas moi-même un professionnel du secteur, je me considère finalement assez loin de ses problématiques, mais je reste simplement frustré, comme simple consommateur, de constater que l’on accorde ici en France trop peu de place à ce formidable pays de vin. Et le plus ironique dans tout ça, c’est que bon nombre de vignerons Italiens font des vins français leur référence…
 
Parcourir Vinitaly ; rencontrer ces vignerons à l’humilité débordante ; partager, discuter et échanger sur nos sensations dans le respect et l’écoute, et sans aucun jugement ; remettre le vin et rien que le vin au centre des préoccupations, voilà des valeurs fondamentales qui deviennent de plus en plus rares dans un monde du vin devenu si complexe. Et même si l’Italie n’est pas nécessairement à ériger en exemple de la bonne conduite, on mesure qu’il existe ici une autre façon de « créer » le vin, de le valoriser et de le commercialiser. Un atout fabuleux, pour un pays dont on mesure à peine le fabuleux patrimoine et la grande diversité d’un vignoble aux multiples facettes. Ainsi, après une telle immersion, je pense être en mesure d’affirmer une chose : les grands vins italiens n’ont rien à envier à leurs homologues français... Vraiment rien ! Et c’est sans aucun a priori qu’il faut explorer cette richesse dans sa plus grande largeur pour en mesurer toute la hauteur.
 
Sur vin-terre-net, nous souhaitons donner une place de plus en plus importante aux vins et vignobles d’Italie. Loin de nous l’idée de vouloir, à notre très modeste mesure, révolutionner les mentalités. Mais simplement tenter d’éveiller les plus curieux d’entre vous vers ce qui se fait au-delà de nos frontières et dont l’intérêt, grandissant pour nous, doit aller bien plus loin qu’une simple recherche d’excentricité.
 
 
 
  
Notes :
« Impressions de millésimes », par Nicolas Herbin
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Le 17/10/2017 à 20h55
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