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Beaujolais 2009, la perfection du type…

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A la vigne…
 
19 août 2009. Nous commençons à parcourir les premières vignes d'un séjour de 72 heures en compagnie de quelques vignerons. L'état sanitaire est quasiment parfait. Quand les charges sont modérées et la viticulture sérieuse, les raisins ont verré parfaitement, les grappes sont petites, serrées, bien formées, sans trop de millerand. Les peaux sont belles mais pas encore mûres, tout comme les pépins. Les (bons) vignerons expliquent qu'il faudra surveiller les maturités phénoliques attentivement, et ne pas se précipiter pour vendanger dès que les raisins passent 13 degrés : comme souvent en année chaude, on a tendance à couper un peu tôt, de peur de l'alcool. Mais en matière de rouges, on le sait, le sacrosaint tanin n'aime pas la sous-maturité ; ou plutôt, c’est l'équilibre du vin construit via ce tanin qui ne va pas de pair avec la sous-maturité phénolique.
 
En tout cas, les vignes de Georges Viornery sont superbes, comme au Château Thivin, son voisin. Ils sont d'ailleurs nombreux à afficher le même enthousiasme : Jean-Marc Burgaud, Bernard Striffling, Jean-Louis Dutraive, Alain Coudert, Cédric Chignard, Jean-Pierre Large (dom. Cheysson), Richard Rottiers et Marie-Elodie Zighera. Franck Georges est cette année dépité car le vignoble de Chénas, tout comme les crus voisins de Juliénas et Saint-Amour, a encore subi des orages de grêle décourageants, mais malheureusement si fréquents dans le nord des crus. Juliénas est, paraît-il, dévasté à presque 90%. Nous plaignons les vignerons qui ne peuvent se payer une assurance-récolte, car les épisodes de grêles de ces dernières années ont de quoi les mettre sur la paille. La nature est dure. Deux jours plus tard, nous rendons une visite surprise à Michel Bettane, qui possède un pied-à-terre au cœur d'un célèbre clos beaujolais : « Les vignes ont l'air très belles un peu partout, non ? - Ce qu'il faudrait, c'est juste un peu de pluie pour ne pas tomber dans des excès de sec, mais c'est très sain et les raisins sont vraiment beaux ». Nous poursuivons la conversation. Deux minutes plus tard, une pluie légère se met à tomber. Il en fut ainsi jusqu'aux vendanges : beau temps entrecoupé de pluies salvatrices, utiles pour éviter le flétrissement des peaux.

Au chai…
 
Il ne faut pas le cacher, car ce serait priver l'amateur d'informations importantes quant à la stratégie d'achat qu'il devra adopter pour encaver ce millésime : comme toute année chaude, 2009 a drainé sont lot de complications lors de la vinification de vins hauts en potentiels alcooliques, surtout quand les vignerons n'étaient pas équipés pour contrôler les températures. Tous les écueils sont là : on pourra trouver ça et là des problèmes d'acidités volatiles élevées, des cuvées farcies d'acétate, de bretts. Et des tanins verts ou cuits (certaines vignes ont stressé et d'autres ont légèrement grillé). Il faut donc comme toujours trier et goûter avant d'acheter, la règle ne change pas, quel que soit le vigneron considéré.

Les vins…
 
Voilà ce que nous écrivions pour nous même en guise de pense-bête, après avoir commencé à déguster les premiers vins en élevage, fin octobre 2009 : « des jus forts en couleur, riches en tout, très mûrs, sur des nuances fruits noirs/réglisse, avec un alcool qui s'intègre d'autant mieux que le vin est structuré, comme on peut s'en douter. A surveiller dans le temps : l'équilibre des vins, l'intégration de l'alcool, les personnalités aromatiques (fruits confits ?), l'expression des terroirs dépassée ou non par la richesse de l'année ». Aujourd'hui, les vins sont en bouteilles, pour la majorité. Les cuvées les plus tanniques et denses des grands vignerons de Fleurie, Moulin-à-Vent et Morgon sont parfois encore en élevage ; et nous ne pouvons d'ailleurs que nous en féliciter, tant nous trouvons souvent que les plus belles matières de la région sont trop peu élevées et, qui plus est, dans des contenants par trop modestes. Voilà donc, enfin, un petit florilège de nos impressions, suite à nos dernières dégustations (la présentation se fait du sud au nord de la région) :

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 Jean-Louis Dutraive, la joie de vivre au service du beau vin !

L'ami Jean-Paul Brun semble avoir tout fait pour préserver la fraîcheur dans ses vins, et s'être ainsi méfié de la richesse en alcool du millésime en coupant ses raisins sans doute assez tôt par rapport au cycle de maturation du fruit. On retrouve dans son Beaujolais l'Ancien, son Fleurie ou son Côte-de-Brouilly une belle finesse aromatique et une immédiateté qui sont devenus la signature maison. Ces vins ne seront peut être pas les plus profonds, ni les plus personnalisés de la région, mais ils sont vinifiés avec cette patte si adroite, sans « thermos », et vont faire le bonheur de nombre de cavistes et bars à vin, perpétuant avec brio l'image - positive - de vin de plaisir que promène le beaujolais.
 
Comme nous le narrions en préambule, les vignes de Georges Viornery étaient donc superbes, et il nous tardait logiquement de goûter le résultat de cette vendange prometteuse. Chose promise, chose bue. Le Brouilly présente aujourd'hui une certaine profondeur, même si la première mise d'avril a tendance à bouder un peu ces derniers temps. A l’aération et sur plusieurs jours, le vin gagne en intensité et pureté aromatique. La bouche est sérieuse pour le cru Brouilly, de belle mâche et prometteuse pour la suite. Le Côte-de-Brouilly offre un très beau « jus » parfumé mais tendu comme il se doit sur ce terroir de pierre bleue, que le temps pourra révéler et détendre. Quant à la cuvée de Côte-de-Brouilly Vieilles vignes, élevée en barriques, elle vient seulement d'être mise en bouteille. De fait, les premières minutes dans le verre, elle goûte « sur l'élevage ». Avec de l'air, c'est tout autre chose : le fruité si particulier du gamay arrivé à maturité apparaît, le vin se déploie, prend place. Le potentiel est là, il faudra juste être patient. Ceci dit, les mille bouteilles de ce vin sont déjà réservées : Georges n'avait jamais connu ça en plus de quarante ans de métier. Il part en retraite serein. Ses enfants ne reprennent pas mais il conserve ses vignes, des fois qu'un jour son petit fils ait des idées. Un homme attachant et un vrai vigneron-artisan, au sens noble du terme, que nous allons beaucoup regretter. Merci, Georges.

À Corcelette, chez Daniel Bouland, les vins sont cette année particulièrement riches en alcool et n'ont, de ce fait, pas la marque d'austérité qui peut les caractériser habituellement dans leur jeunesse. Le Chiroubles est d'une ampleur et vinosité que nous ne connaissions pas aux vins du cru. Bien mûr, il est faussement avenant et commence à vraiment montrer ce qu'il a dans le ventre après une heure de carafe. Dans un ou deux ans, il pourrait exploser tous les standards. Il ne sera sans doute pas bête de garder quelques bouteilles pour les goûter sur dix ans, afin de faire mentir la réputation de vins de petite garde de Chiroubles (nous avons dégusté des 1989 et 1991 au domaine Cheysson qui pourraient faire pâlir bien des pinots). Goûtant cela, on peut imaginer ce qu'est la grande cuvée du domaine, le Morgon vieilles vignes. Et bien ce qui doit être, est ! Et bien plus encore. Un vin profond, puissant, solaire, et qui - après mise - a besoin de beaucoup d'air (deux heures est un minimum, une demi-journée plus adapté, une journée, la meilleure des choses qui soit à ce stade) pour laisser entrevoir son potentiel et surtout permettre à la masse de prendre une forme plus équilibrée. Qui sait combien de temps un tel vin pourra vieillir. Pas nous. Mais par contre, nous avons encavé généreusement, c'est certain. Dernière info : le domaine a été pris d'assaut, tout est vendu. Heureux les détenteurs de quelques flacons...

Sur la même commune de Villié-Morgon, Jean-Marc Burgaud se distingue de Daniel Bouland par ses terroirs, ça on le savait. Mais dans le même millésime, les différences de style - et donc de choix de dates de vendange, vinification et d'élevage - sont particulièrement patentes, également. Il en résulte, globalement, des vins moins riches en alcool que son collègue (souvent un degré de moins), immédiatement moins opulents, avec des profils plus réglissés et mentholés que confits. Comme toujours, ces vins sont parmi les plus austères et réservés, jeunes, du Beaujolais. Dans le détail, si l'on peut dire : le Beaujolais-Villages Thulon n'a jamais été aussi réussi, profond et bâti. C'est un grand coup de cœur, à un prix petit. Le Régnié Vallières nous a moins plu, paraissant moins éclatant dans le fruit, légèrement « mat ». Le Morgon Charmes est toujours aussi charmant (!), mais sa fausse accessibilité ne doit pas faire oublier que la vieille vigne (80 ans) demande toujours du temps. Il semble presque plus abouti que le 2005. Puis viennent les Côte-du-Py, et là franchement, nous n'avons jamais goûté la cave à ce niveau. Comme si, après 2003, Jean-Marc Burgaud prouvait qu'il possède un talent particulier pour interpréter les millésimes chauds. Tout est idéalement mûr, sans excès, la vendange non égrappée et cuvée moins longuement que par le passé renforçant le sentiment de fraîcheur, tout en allouant la touche d'austérité qui va bien avec l'esprit des vins de morgon. Le simple Côte-du-Py est très bon et complet (en cours d'élevage, le vigneron avait l'embarras du choix entre les divers lots d'assemblage, tout était bon), traduisant bien son origine volcanique. Puis sur pièces, car toutes les autres cuvées de Py sont encore en fût (nous avons à ce jour goûté 4 fois la cave intégralement), les derniers essais d'assemblages annoncent une cuvée de Réserve ample et généreuse, relevée par un élevage bourguignon plutôt sexy. Pour son troisième millésime, Javernière atteint des sommets de race et finesse, sublimé par un grand élevage : du grand vin aux tanins d'un raffinement peu commun à Morgon, si ce n'est chez Jean Foillard. Enfin, il faut s'attendre à un James semblable à du sang de Py, de très haute maturité phénolique couplée à une fraîcheur gustative qui ne peut venir que des minuscules raisins millerandés, en prise directe avec leur terroir si particulier. Les 2009 sont actuellement à la vente, à l'exception donc des vins élevés en fût, qui seront mis dans l'automne, après vendange. Pour la première fois, « JMB » a été contraint de gérer un système de réservations sur ces mêmes cuvées "d'élevage", tant la demande avant mise a été importante. Du jamais vu depuis ses débuts en 1989.

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Au domaine Coudert, Alain s'efface derrière ses 2009 superbes…

Le toujours joyeux Jean-Louis Dutraive, à la Grand Cour, vient de mettre l'intégralité de ses 2009 en bouteille, et commence donc à les vendre. La première cuvée sortie fut son Fleurie Chapelle des Bois avec un joli fruit, une finesse due davantage au terroir qu'aux rendements (toujours bas ici), avec une pointe de végétal que certains aimeront et d'autres un peu moins. On passe ensuite à une cuvée que nous apprecions souvent beaucoup chez lui, bien qu'elle ne fasse pas partie du haut de la gamme, il s'agit de du Fleurie Clos de la Grand Cour : cette année encore pur, floral, glissant en diable, très Fleurie, et parfaitement mûr. Plus ambitieuse dans la construction et dotation, la cuvée de Fleurie Vieilles Vignes est donc un vin de fort belle corpulence, mais sa légère tendance acétique, après mise, nous a quelque peu chatouillé le nez. Il en va des sensibilités de chacun, et à tout le moins, le vin est bon. Exercice de style qui n'est plus un coup d'essai puisqu'elle avait déjà été produite auparavant, la cuvée de Fleurie Part des Grives, sorte de vendange quasi tardive de gamay vinifiée sèche est un vin long, aromatique, encore un peu marqué par son élevage et par une acidité volatile qui va de pair avec la haute maturité du raisin, couplée à des vinifications et un élevage légers en soufre. Un vin qui divisera. Nous avons préféré le suivant, dans un registre vineux, profond et dense, dans le genre Fleurie qui n'a pas peur des Moulin-à-Vent, et qui devrait surtout affronter la garde avec aisance : il s'agit du Fleurie Champagne Cuvée vieilles vignes, avec sa fameuse bouteille lourde. On lui souhaite le même avenir que l'exceptionnel Fleurie Vieilles vignes 1991 que Jean-Louis nous a servi pour clore la dégustation.
 
Cédric et Michel Chignard ont eux fait le choix de se prémunir de toute surmaturité afin d'aller dans le sens de finesse que Michel Chignard a toujours défendu et recherché. La première mise de Fleurie les Moriers se goûte sur le cachou et la cerise, avec également des notes de vendange entière un peu aigües. C'est un vin immédiatement rond, suave et souple, avec peut-être même davantage d'équilibre que le 2005. La seconde mise en bouteilles de ce vin présente davantage de rondeur, de gras et d'ampleur, intégrant avec plus de subtilité les notes de vendange entière, au nez comme en bouche. C'est un vin de très belle expression, déjà très séduisant, mais qui devrait bien évoluer les cinq prochaines années. Enfin, à peine mise, la Cuvée Spéciale a d'abord et avant tout besoin de... temps ! Il faut au moins une heure de carafe pour que les composantes se mettent en place. On découvre alors un vin profond, à l'élevage peut-être plus fin et mieux et intégré que dans les derniers millésimes, tirant davantage vers la réglisse et les épices que le fruit joyeux du gamay de granit. Le domaine commence à peine à le vendre, mais il serait pour le moins ridicule d'ouvrir une bouteille avant 2012. Ou alors il faudra grandement la carafer, mais est-ce vraiment la vocation d'un tel vin d'être sacrifié sur l'hôtel de la jeunesse, quand on voit ce que peuvent être aujourd'hui les 2002, 1999 et même 1991 du domaine ?! Nous ouvrirons nos premières bouteilles de Cuvée Spéciale à partir de 2013-14. Cédric poursuit avec humilité et application l'œuvre de son père et de ses aïeux (il est la quatrième génération de Chignard à faire du vin ici), et nous ne pouvons que l'encourager dans cette voix de tradition et finesse. Il améliorera même sans doute avec le temps encore quelques petits détails précieux. Une adresse plus que jamais sûre.

Au domaine Coudert, le « Marquis », Alain, a sans aucun doute, et une fois encore, produit parmi les plus grands beaujolais du millésime. En élevage déjà, les différents lots qui concourent aux deux cuvées finales (nous avons goûté à deux reprises la totalité des foudres et même quelques barriques « secrètes ») nous charmaient par la race des tanins et le parfum des meilleurs d'entre eux. Légèrement surmûr, le Brouilly prend des accents de fruits exotiques. Il est à boire immédiatement sur sa rondeur et souplesse, c'est un vin pour le « boire ». Le simple Clos de la Roilette est floral comme il se doit, mûr à souhait (réglisse, zan) mais sans excès, fin, sapide, long et très aromatique en bouche, avec la réserve nécessaire. Et enfin, le chef d'œuvre, la Cuvée Tardive : beaujolais à la plénitude et profondeur qui fait culminer à la fois délicatesse et allant, archétype du moulin-à-vent qu'il n'est pas, quoi que. C'est un Grand Cru dans sa plus parfaite acceptation, et nous parions que passé dix ans de bouteille, son bouquet égalera en complétude et raffinement celui des grands bourgognes du même millésime. En élevage, les notes de réséda et de rose fanée prenaient des accents de Chambertin, tandis que sa rondeur rassurante nous évoquait le vin de Musigny. Il s'est refermé après mise, mais nous pensons qu'il est un des plus grands vins du millésime en France, mais il faudra savoir l'attendre pour comprendre sa valeur de véritable... pur sang (!). Lui aussi, est quasiment déjà épuisé à la vente. Une première.
 
On s'en doute, un perfectionniste de la trempe d'Eric Janin n'aura pas manqué l'occasion de ce millésime quelque peu hors du commun. Bien heureusement, il n'a pas été touché par la grêle qui a fait des dégâts plus haut dans le coteau, et surtout plus au Nord. Ayant fait le choix - depuis 2006 déjà - d'égrapper plus ou moins en fonction des millésimes, on intégrera ce virage stylistique qui permet de comprendre, au delà des différences de millésime, pourquoi les 2009 se présenterons sans doute immédiatement plus avenants - ou plutôt moins austères - que les 2005 à la même période. Nous venons de les re-déguster deux fois cette semaine (20 nov. 2010), et les vins se présentent comme tels : le Beaujolais-Villages Deux Jumeaux prend des accents de petit Moulin-à-Vent, ce qui, couplé à sa haute maturité (14°), en fait un vin parfait pour les joies gastronomiques automnales et hivernales à venir. Le Moulin-à-Vent Domaine étonne positivement par son bleuté, son nez de réglisse très 2009 et surtout, la bouche n'a peut-être jamais été aussi dotée. Le Clos du Tremblay saisit encore plus par sa profondeur, sa délicatesse de tanin et sa réserve, façon « main de fer dans gant de velours », c'est un vrai coup de cœur à laisser tranquille au moins 4-5 années en bouteilles, voir davantage en magnum. S'il vieillit comme le 1991 que nous venons de goûter, voire mieux, ce sera un des plus grands beaujolais du millésime, et de loin ! Enfin, pour la première fois est proposé un Moulin-à-Vent Greneriers, sorti de l'assemblage du Tremblay afin de mettre en avant ce terroir situé en contrebas du véritable moulin. Elevé en foudre et demis-muids (30% pour ces derniers), il offre une chair peut-être plus burinée par son terroir (argiles rouges en surface) et carrée que le précédent, une expression puissante, musclée et solaire. Le suivre au vieillissement sera très intéressant, comme le sont les « premières fois » dignes de ce nom. Eric compte d'ailleurs le sortir en décalé dans le temps, ce qui n'est sans doute une mauvaise chose pour le vin et la lecture que les amateurs pourront en avoir, en dégustation et surtout à table !

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Guillaume Berthier, Château du Moulin-à-Vent : des débuts en trombe…

C'est un peu l'histoire de la belle au bois dormant qui finit par se réveiller, ce Château du Moulin-à-Vent. Racheté par l'homme d'affaires Jean-Jacques Parinet (président fondateur du groupe Orsyp) en mars 2009, la nouvelle équipe du château possède un cornac de luxe en la personne de Bernard Hervet (ex Bouchard père-et-fils, aujourd'hui Faiveley). Elle est dirigée, pour la partie technique, par le jeune mais très exigeant Guillaume Berthier, et fait une très belle entrée en matière avec des 2009 riches et sérieux. Pas facile, quand on sait que les vignes n'étaient, avant leur arrivée, pas dans la meilleure des formes. Sur les 30 hectares que compte la propriété (!), le domaine tire 5 cuvées, que nous venons de goûter en bouteilles et cuvées d'assemblage, avant mise. L'entrée de gamme se fait avec un joli moulin-à-vent Couvent des Jacobins souple et parfumé (fruité exotique, pêche). Il précède la cuvée la plus importante du domaine en volumes, le Château du Moulin-à-Vent, parfaitement dans le type des beaux vins de l'AOC : notes de fleurs, vin flatteur avec la pointe de toast qui va bien et lui donne un supplément de relief. On passe ensuite à des choses encore plus sérieuses avec deux cuvées de grands terroirs, élevées en pièces et barriques. Le très beau Croix des Vérillats poivre comme une syrah de granit, l'élevage est présent mais anoblit le vin par son style. La bouche est large, éclatante, comme déjà épanouie, un coup de cœur. L'opulent et large Champ-de-Cour est riche, sur un élevage plus marqué, mais le jus est très corsé, il faut faire vieillir. La gamme se termine par une rare (1000 bouteilles) cuvée de Moulin-à-Vent Le Clos issue d'un terroir mythique, et élevée en demi-muids neufs : malgré son grand nez sanguin, il était à ce stade plus difficile à apprécier que les autres avant mise. Avait-il besoin de plus de temps d'élevage ? Nous achèterons pour nous quelques bouteilles afin de le voir s'ouvrir et se faire dans le temps, la matière est impressionnante. Compte tenu des choix de viticulture immédiatement pratiqués (travail des sols, rendements modérés), de l'état d'esprit de la maison (favoriser un profil de vins classiques mais sans dureté), et du niveau des terroirs, il serait vraiment regrettable - voire impensable - de ne pas vouloir suivre cela attentivement. A défaut d'affirmer péremptoirement qu'un grand domaine est en train de renaître (il faut laisser du temps aux gens de bonne volonté de faire leurs preuves), on peut quand même souligner qu'il y avait pire façon de commencer une telle aventure que de tomber sur un si beau millésime !

A quelques encablures de là, avouons qu'encore en élevage, les vins de Fabien Duperray (dom. Jules Desjourneys) sont une des plus grande claque que nous ayons jamais prise en goûtant sur fût depuis que nous sillonnons le nord beaujolais. Si vous ne connaissez pas ce vigneron (premier millésime revendiqué, 2007), il va vite être temps de vous y intéresser. Viticulture « grand cru » en biodynamie, travail intégral des sols, rendements « sauternesques », vinifications précises et risquées, vrais et longs élevages. Résultat ? Le Fleurie Chapelle-des-Bois cristallise tous les superlatifs de richesse et générosité du millésime, c'est un vin terrifiant d'expression et qui bouscule bien des a priori sur le profil des vins de Fleurie. Moins baroque, le Fleurie les Moriers, issu en fait d'une parcelle de coteau différente de celle de Cédric et Michel Chignard, est - avec les vieilles vignes de Coudert - le plus grand Fleurie que nous ayons vu naître sur le millésime, un vin de très grande race, épicé, abyssal ; on se rapproche, dans le type d'expression, de syrahs de coteaux granitiques du Rhône septentrional. Plusieurs « expériments » dégustés également en Moulin-à-Vent, dont des essais inspirés des travaux de Jules Chauvet et sur lesquels nous garderont quelques secrets. Non pas que Fabien nous l'ait demandé ou imposé, mais parce que nous préférons patienter afin de voir (et boire) en fin d'élevage, et surtout en bouteille, le résultat. En fût, ça déménageait déjà ! Avant de clore le sujet de cette cave, sachez juste que les 2007 à la vente nous ont plu, notamment le moulin-à-vent ; et plus encore les 2008, parfumés, dépouillés et vrais, granitiques au possible. Ne les boudez pas, en attendant la mise en marché des 2009 : ils sont extras et tellement "évidents".

A Juliénas enfin, chez Pascal Granger, nous n’avons pour le moment dégusté qu’un seul vin, la Cuvée Spéciale. Malgré la grêle qui a touché le coin, le domaine arrive à proposer un très beau vin floral (violette), fruité (cerise) avec les notes réglissées et de fruits noirs propres au millésime qui se développent à l’aération. La bouche donne dans la richesse et l’ampleur. Les tannins titillent le palais et offrent déjà un soyeux de texture qui rend le vin gourmand, malgré sa jeunesse. L'ensemble possède du fond et s’il est buvable jeune, son potentiel paraît réel. Visite à suivre, promis.


Enfin, en guise d'épilogue, sachez juste qu'au moment où nous écrivons ces lignes, nous savons que les meilleurs beaujolais du millésime ont été excellemment notés par David Schildknecht, qui déguste pour le compte de Robert Parker. Nourri de l'empirisme et de l'ouverture d'esprit qui peut caractériser les meilleurs critiques de vin Outre-Atlantique, il ose dire ce que nous ressentons nous depuis déjà cinq ans : le nombre de grandes réussites ne cesse de croitre ici chaque année. Et leur rapport qualité/prix en fait aujourd'hui bien plus qu'une aubaine, c'est un cadeau ; qui durera nous ne savons encore combien de temps. Il serait donc dommage de s'en passer. Et si ces 2009 vous plaisent, dîtes vous bien que même si le millésime est un facteur qualitatif prépondérant, ces vignerons n'ont pas attendu cette année là pour produire de superbes crus. Ayez la curiosité de les suivre au fil des ans, ils vous surprendront. En bien, en bon.
 
NB: Cet article sera complété au fur et à mesure. Nous vous encourageons donc à revenir dessus dans les prochains temps
 
Mise à jour :
- Le 21/11/2010 : domaine Chignard et Janin 
 
 

Le 19/10/2017 à 22h11
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